F. BUSNEL (Journaliste/Producteur): «Nous allons organiser un grand concours de lecture à la TV»

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Journaliste, critique littéraire, producteur et animateur de télévision et de radio, François BUSNEL, aux manettes de «La Grande Librairie» (Rosebud Productions) diffusée chaque mercredi en Prime Time sur France 5, se livre ses projets à la télévision et ailleurs. 

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Vous lancez, dans «La Grande Librairie» sur France 5, un pari ambitieux : inviter collégiens et lycéens de toute la France à participer à un concours de lecture à voix haute. Comment cette démarche se matérialise-t-elle ?

François BUSNEL

Cela fait huit ans que j’ai cette idée. France Télévisions a pris la décision de me donner le feu vert cette année. Grâce à «La Grande Librairie», nous avons montré qu’il était possible d’enrayer la fatalité des émissions littéraires qui ne font pas d’audience et qui ne font pas vendre de livres. Avec notre programme littéraire sur France 5, nous avons la chance de générer de l’audience et de déclencher l’achat de livres. Je me suis donc demandé ce que nous pouvions faire de plus. Mon envie est de faire lire tout le monde. Les petites phrases que j’entends comme : «je n’ai pas le temps de lire» ou «la lecture ce n’est pas pour moi», ça ne veut rien dire. Même 10 minutes de lecture dans la semaine, ça suffit. Courant 2020, nous allons donc organiser un grand concours de lecture qui donnera lieu à une émission spéciale.

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La mise en valeur de lecture à la télévision, c’est une priorité ?

François BUSNEL

Il s’avère que les médias et la télévision ont une véritable responsabilité. Ces derniers ont déserté le discours qui consiste à dire : «la lecture est autant un divertissement qu’une façon de se cultiver». Si vous présentez à un jeune la lecture comme étant une obligation pour se cultiver, vous êtes certain qu’il n’ouvrira jamais un livre. En revanche, si vous lui présentez la lecture comme un plaisir aussi fort que celui de regarder la série «Game of Thrones», ça va fonctionner !

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C’est étonnant que vous fassiez le parallèle entre une série TV et la lecture…

François BUSNEL

Les films de cinéma ou les séries télévisées font vendre les livres. Pour quelle raison, selon vous, la franchise «Game of Thrones» s’est vendue à 6 millions d’exemplaires ? Tout simplement parce qu’il y a eu la série du même nom. Un phénomène similaire s’est produit avec «Harry Potter». Selon un sondage américain, plus de 60% des lecteurs de la saga du petit sorcier, dont la grande partie avait une quinzaine d’années à l’époque, sont aujourd’hui devenus des lecteurs. Cela signifie beaucoup de choses.

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Depuis le lancement de «La Grande Librairie» il y a 12 ans sur France 5, qu’est-ce qui a changé

François BUSNEL

Le public s’est élargi. Chez nous, il n’est ni question de clash ni de buzz. Je ne cherche pas la petite phrase. Je suis en quête de bienveillance. Ce sentiment libère d’ailleurs des émotions. Il y a des téléspectateurs qui regardent notre émission parce qu’ils aiment les écrivains et veulent acheter des livres. Il y a aussi un public encore plus large qui n’achètera pas de bouquins, mais qui seront inspirés. En 12 ans, l’émission est devenue prescriptrice. Les gens se déplacent en librairie après avoir vu une émission. Concernant la programmation, nous suivons des auteurs installés mais aussi des écrivains moins connus. Des auteurs comme Leïla Slimani ou Joël Dicker ont fait leur première télévision chez nous. Ils cartonnent aujourd’hui. Nous donnons au public non pas ce qu’il aime, mais ce qu’il pourrait aimer.

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Le smartphone est-il le meilleur ou le pire ami de la lecture ?

François BUSNEL

C’est d’abord le pire ennemi. Les ados tout comme les adultes y passeraient trop le temps. En revanche, il est possible de télécharger sur son téléphone des livres ou les tutos ludiques comme ceux de «La Grande Librairie» qui vous donneront des conseils de lecture.