S. DHAB (France Télévisions) : «Nous voulons lancer une dizaine de fictions numériques/an»

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Dans le cadre du lancement de la série événement «SKAM France» (10X24’) pour sa 5ème saison sur france.tv slash, média+ s’est entretenu avec Sened DHAB, Directeur de la fiction numérique du groupe France Télévisions. Il évoque à la fois ses objectifs, ses attentes et ses nouveaux projets de séries. Entretien. 

MEDIA +

La fiction numérique tient une place importante dans la stratégie de France Télévisions. Par quoi est-elle portée ?

SENED DHAB

Par des marques comme «SKAM France» ou «Mental». Nous avons des ambitions poussées et renouvelées autour de la fiction numérique sur nos deux antennes : france.tv slash et france.tv. Nous nous adressons à un public beaucoup plus large que la simple offre de web-séries proposée jusque-là. L’objectif est d’être complémentaire des plateformes de vidéo à la demande internationales.

MEDIA +

Vous faites donc bien la différence entre france.tv slash et france.tv en matière d’offre ?

SENED DHAB

Absolument ! france.tv slash a un public cible de 15-25 ans. Quant à france.tv, le spectateur est un peu plus âgé : 30-45 ans. Nous créons une offre complémentaire à celle de nos antennes linéaires pour toucher, interagir et engager un public de moins en moins présent devant la télé en direct.

MEDIA +

«SKAM France» est-elle devenue un produit d’appel ?

SENED DHAB

C’est une série qui comptabilise plus de 100 millions de vues sur les 4 premières saisons. La saison 5 a été lancée de manière tonitruante il y a quelques jours, avec plus de 2 millions de vues sur le 1er épisode en quelques jours, soit un démarrage 2,5 fois supérieur à la saison précédente qui avait installé le phénomène en France.

MEDIA +

Comment analysez-vous le phénomène «SKAM France» ?

SENED DHAB

Nous nous appuyons sur une marque extrêmement forte dans le monde entier. Et surtout, en saison 3 et 4, nous avons pu prendre plus de liberté pour ancrer le récit et le destin de nos personnages dans une réalité socio-culturelle française. Cette démarche a créé l’enthousiasmé auprès du public. La série est un miroir de la société française dans ce qu’elle représente et ce qu’elle met en avant. Cela faisait longtemps que ce n’était pas arrivé en France sur ce genre de séries.

MEDIA +

Les saisons 5 et 6 de «SKAM France» ont été tournées en même temps. Est-ce pour rationaliser les budgets ?

SENED DHAB

Oui, absolument. Pour parvenir à un niveau d’exigence visuelle et pour «crossboarder» au mieux la série, nous nous sommes imposés un rythme de production. Les saisons 5 et 6 ne sont pas des adaptations de la version étrangère, mais de la pure création.

MEDIA +

Face à ce succès, avez-vous la possibilité de faire autant de saisons que possible ?

SENED DHAB

C’est une réflexion que nous avons entamée avec nos producteurs (Gétévé Productions), pour ensuite aller en parler à la NRK et Julie Andem, la créatrice de «Skam». Tant que nous ne nous sommes pas mis d’accord, rien n’est fait. Voilà pourquoi on ne sait pas encore s’il y aura d’autres saisons. 

MEDIA +

«Mental», «Stalk», «SKAM», vous vous concentrez uniquement sur des formats de 26’ ?

SENED DHAB

Non, il s’agit du format avec lequel nous avons débuté. Dans le cadre budgétaire dans lequel nous sommes, nous recherchons aussi des séries de 45’.

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Combien de séries numériques souhaitez-vous lancer chaque année?

SENED DHAB

Une dizaine de séries par an. 60 à 70% sont destinées à france.tv slash et le reste à france.tv.

MEDIA +

Le budget est-il maintenu à 8M€/an?

SENED DHAB

C’est en discussion.

MEDIA +

Quels sont les projets en cours ?

SENED DHAB

Nous allons proposer prochainement «Parlement», une série humoristique de 26’ sur l’institution européenne. Elle est actuellement en montage. Suite à un appel à projets que nous avions lancé il y a un an à La Rochelle, nous proposerons bientôt les séries «Or de lui» et «Louis 28»…

MEDIA +

Quelle exposition donnez-vous aux fictions ?

SENED DHAB

Notre stratégie est pragmatique. Certaines fictions comme «SKAM» ou «Mental» sont diffusées en temps réel, c’est-à-dire semaine après semaine. Pour d’autres, on va plutôt se tourner vers le Binge. Ce sera le cas pour «Stalk» et «Parlement».

MEDIA +

Au final, que cherchez-vous auprès des producteurs ?

SENED DHAB

Nous cherchons des histoires avec des concepts forts, susceptibles d’enflammer l’imagination de nos publics sur quelques lignes de pitch. Pour émerger, nous devons être originaux. C’est sur ça que l’on axe nos recherches. On souhaite recevoir des concepts que l’on ne vendrait pas à l’international en l’état car trop ancrés dans la société française, mais que nous pourrions vendre facilement en tant que format à adapter.