Svobodna Evropa, le service bulgare de Radio Free Europe (RFE), doit arrêter ses opérations le 31 mars faute de financement américain, selon deux membres de sa rédaction, quelques semaines après une annonce similaire en Roumanie. L’équipe travaille activement à la mise en place d’une solution qui «nous permettra de continuer à servir notre audience», a déclaré une des sources au sein du site internet bulgare, en requérant l’anonymat dans l’attente d’une communication officielle.
A Bucarest, la directrice du service en roumain Free Europe Romania, Elena Vijulie Tanase, avait annoncé sa fermeture au 31 mars également, dans un poste sur Facebook publié il y a une quinzaine de jours. «C’est certainement une mauvaise nouvelle. Et pas seulement pour mes collègues et moi», a-t-elle écrit, soulignant qu’il ne restait qu’»une poignée de journalistes professionnels, et l’époque exige notre travail sur tant de fronts». «Nous comprenons que (Radio Free Europe) ait dû procéder à des coupes pour préserver l’ensemble de ses activités, notamment ses émissions à destination de dictatures comme la Russie», a réagi le directeur de Reporters sans frontières (RSF) en République tchèque Pavol Szalai.
Ces fermetures auront cependant «un impact négatif sur le droit (des) citoyens à une information fiable», a-t-il ajouté, soulignant que «le risque est plus élevé dans la Bulgarie préélectorale, un pays où il existe peu de médias indépendants». Ces fermetures interviennent après l’annonce de celle de Radio Free Europe en Hongrie fin novembre, décidée par l’administration américaine pour satisfaire le Premier ministre nationaliste hongrois Viktor Orban, ami de Donald Trump.
La Bulgarie et la Roumanie figurent parmi les premiers pays couverts par Radio Free Europe/Radio Liberty lors de sa création en 1950. La radio, financée en partie par la CIA jusqu’au début des années 1970, a joué un rôle clé dans la diffusion d’informations au-delà du Rideau de fer, malgré les tentatives répétées des autorités communistes de brouiller son signal et le harcèlement de ses journalistes.
Au milieu des années 1970, le service bulgare a diffusé une série de chroniques critiques du dissident Georgi Markov. L’écrivain a été assassiné en 1978 à Londres dans l’affaire dite du «parapluie bulgare», l’un des épisodes les plus emblématiques de la Guerre froide. Les programmes en bulgare ont été interrompus en 2004 et ceux en roumain en 2008, avant d’être relancés en 2019. La rédaction bulgare, composée d’une quinzaine de journalistes, associe des professionnels expérimentés à de jeunes reporters. Elle s’est imposée par une forte présence sur les réseaux sociaux, notamment grâce à des formats vidéo qui atteignent fréquemment des dizaines de milliers de vues.



































