Une cour d’appel du Burundi a partiellement relaxé et ramené à six mois de prison la peine de la journaliste burundaise Sandra Muhoza, condamnée en 1ère instance à quatre ans de prison pour «atteinte à l’intégrité du territoire et aversion raciale». Journaliste du média en ligne La Nova Burundi, Sandra Muhoza, 44 ans, est restée presque deux ans en détention avant d’être remise en liberté provisoire en mars dernier. Elle était apparue très affaiblie lors d’une comparution en décembre 2025.
Selon l’arrêt signé lundi par le greffe et confirmé par un de ses avocats, la cour d’appel l’a déclarée non coupable «d’atteinte à l’intégrité du territoire», confirmant uniquement sa culpabilité du délit d’aversion raciale, punissable de six mois à deux ans de prison et/ou d’une amende. L’aversion raciale est, selon le code pénal burundais, caractérisée par le fait de «manifester de l’aversion ou de la haine raciale ou ethnique» ou d’inciter, encourager ou commettre un «acte de nature à provoquer cette aversion ou cette haine».
«Nous ressentons un sentiment de satisfaction car elle était accusée d’atteinte à l’intégrité du territoire sans fondement» et «a passé deux ans en prison pour rien», a réagi Me Eric Ntibandetse, l’un des avocats de la journaliste. Il a rappelé que les propos l’ayant fait condamner avaient été échangés au cours d’une discussion par messagerie au sein d’un groupe privé de journalistes. Selon l’ONG Reporters Sans Frontières (RSF), il était reproché à la journaliste d’avoir évoqué une présumée distribution d’armes par les autorités à des jeunes du parti au pouvoir. Placée en détention en avril 2024, la journaliste avait été initialement condamnée quelques mois plus tard à un an et neuf mois de prison. La cour d’appel de Bujumbura avait annulé cette décision en mai 2025 et renvoyé l’affaire devant un nouveau tribunal de première instance qui l’avait condamnée à quatre ans de prison ferme.
«Nous sommes très soulagés», a réagi un des proches de la journaliste, soulignant qu’elle avait passé «presque deux très dures années en prison pour une peine de six mois au final». «Dans un pays normal on demanderait une compensation, ce qui n’est pas le cas du Burundi malheureusement», a-t-il ajouté. Le Burundi pointe au 125e rang (sur 180 pays) du classement 2025 de la liberté de la presse de RSF. «RSF est soulagée que Sandra Muhoza, qui a déjà payé trop cher le prix de son journalisme, puisse enfin retrouver une liberté pleine et entière», a réagi l’ONG dans un communiqué, appelant les autorités burundaises à ne pas réitérer de telles attaques liberticides contre l’information». Comme sa consoeur Floriane Irangabiye, condamnée à dix ans de prison pour «atteinte à l’intégrité du territoire» et graciée en août 2024, «avant elle, sa détention arbitraire visait à mettre au pas le reste de la corporation journalistique», selon RSF. Avant la violente crise politique de 2015, provoquée par la volonté acharnée du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat contesté, le Burundi était considéré comme un des rares États de la région des Grands lacs à être doté d’une presse libre et indépendante. Les principaux médias indépendants ont été détruits durant la crise et leurs journalistes contraints à l’exil. Depuis l’accession au pouvoir du président Evariste Ndayishimiye, qui a succédé à Pierre Nkurunziza, les autorités burundaises oscillent entre signes d’ouverture et ferme contrôle.



































