France 2/ «Cash investigation» : France Télévisions rejugé mercredi suite à la plainte pour diffamation de l’Azerbaïdjan

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En première instance, la justice française avait déclaré irrecevable une plainte de l’Azerbaïdjan contre le groupe France Télévisions, mis en cause pour avoir diffusé une émission dans laquelle cet Etat était qualifié de «dictature». Mais le pays a fait appel et le groupe sera rejugé mercredi. 
L’Etat caucasien avait porté plainte peu après la diffusion sur France 2, le 7 septembre 2015, dans l’émission «Cash Investigation», d’un reportage sur les coulisses des voyages présidentiels de François Hollande, largement consacré à l’Azerbaïdjan.La présentatrice Elise Lucet avait introduit le sujet en présentant le régime de Bakou comme une «dictature, l’une des plus féroces au monde». Évoquant le même jour sur France Info le reportage dont il est l’auteur, le journaliste d’investigation Laurent Richard – également jugé dans cette affaire, tout comme la présidente de France Télévisions Delphine Ernotte – avait qualifié le président azerbaïdjanais Ilham Aliev de «dictateur» et de «despote». 
Saisi en première instance, le tribunal correctionnel de Nanterre a estimé que la plainte azerbaïdjanaise était «irrecevable», conformément aux réquisitions du ministère public. C’est aussi ce qu’avaient plaidé les avocats de la défense à l’audience, le 5 septembre 2017. «La loi sur la liberté de la presse a pour objectif d’assurer la liberté d’expression et ne permet pas à un Etat d’engager des poursuites contre un particulier», avait souligné la présidente du tribunal. Et de souligner que l’Azerbaïdjan n’avait «pas plus de droits que l’Etat français». L’avocat de l’Etat d’Azerbaïdjan Olivier Pardo avait dénoncé un «déni de justice». «Dire que l’Azerbaïdjan est une dictature est une diffamation: c’est ridicule et c’est faux, nous l’avons amplement démontré», a expliqué le conseil. Ce pays «a signé la Convention européenne des droits de l’Homme et se soumet à la Cour européenne des droits de l’Homme», a-t-il tenu à rappeler, assurant que son client irait «jusqu’au bout pour faire cesser cette campagne de dénigrement». 
A contrario, les avocats de France Télévisions, Jean Castelain et Juliette Félix, estiment que «l’Azerbaïdjan tente de censurer Elise Lucet et Laurent Richard jusque sur le territoire français». «Il est fondamental que la presse puisse librement critiquer l’action et la politique des Etats», ont-ils dit. 
L’Azerbaïdjan occupe la 163e place sur 180 dans le classement de la liberté de la presse établi en 2018 par l’ONG Reporters sans frontières (RSF). Selon cette organisation, c’est la première fois qu’un Etat étranger engage des poursuites contre un journaliste sur le sol français. Il est d’ailleurs rarissime qu’un Etat poursuive un individu. 
L’Azerbaïdjan a obtenu le mois dernier une petite victoire devant la justice française: la Cour de cassation a annulé une décision de non-lieu prise en faveur d’un député ayant qualifié ce pays d’«Etat terroriste». Sans se prononcer sur le fond – la possibilité ou non de l’Azerbaïdjan d’attaquer en diffamation en tant qu’Etat -, la plus haute juridiction française a estimé qu’il ne revenait pas à la chambre de l’instruction d’apprécier la pertinence de la qualification des poursuites.