Encarna MARQUEZ (France Télévisions) : «L’IA peut créer de la valeur sans forcément détruire l’écosystème».

Encarna MARQUEZ (France Télévisions) : «L’IA peut créer de la valeur sans forcément détruire l’écosystème».

À la tête de la nouvelle direction IA & Data de France Télévisions, Encarna Marquez pilote la stratégie du groupe public face à la révolution de l’intelligence artificielle. Entre transformation des usages, accompagnement des métiers et enjeux de service public, elle détaille la vision de France Télévisions à l’heure où l’IA bouleverse déjà le paysage médiatique.

MEDIA +

La dernière fois que nous nous étions parlé, vous étiez directrice du numérique. Aujourd’hui, vous êtes directrice IA & Data. Que recouvre cette direction ?

ENCARNA MARQUEZ

Avec l’accélération de l’IA dans tous les secteurs, et particulièrement dans les médias, Delphine Ernotte a souhaité créer une direction dédiée. Comme la data est le carburant de l’IA, il était logique de réunir les deux. Notre rôle est d’orchestrer les sujets IA à l’échelle du groupe : les usages, les outils, les impacts métiers, mais aussi la place de France Télévisions dans un monde où les moteurs conversationnels deviennent de nouveaux intermédiaires de l’information.

MEDIA +

Vous travaillez déjà avec des acteurs comme OpenAI ?

ENCARNA MARQUEZ

Oui, nous échangeons avec eux. L’écosystème évolue très vite. Nous considérons les LLM (Large Language Model) comme de nouveaux canaux d’influence. La question est donc : comment un média public continue-t-il d’exister dans ces environnements? Nous travaillons notamment sur la visibilité de nos marques et de nos contenus dans les moteurs conversationnels.

MEDIA +

Le sport en direct est-il devenu un terrain idéal pour tester l’IA ?

ENCARNA MARQUEZ

Tout-à-fait ! Roland-Garros est un formidable laboratoire d’expérimentation. Le RG Lab nous permet de tester des usages immersifs, des technologies ou des outils autour du direct. Toutes les expérimentations n’aboutiront pas, mais cela nous permet d’observer les usages et de voir ce qui peut réellement enrichir l’expérience du public.

MEDIA +

L’objectif est donc avant tout d’améliorer l’expérience des publics?

ENCARNA MARQUEZ

Oui, mais pas seulement. Nous avons deux grands objectifs : renforcer le lien avec les publics et améliorer notre efficacité dans un contexte budgétaire contraint. L’IA peut nous aider à gagner du temps sur certaines tâches et à réallouer des moyens ailleurs.

MEDIA +

Les assistants IA remplaceront-ils certains métiers ?

ENCARNA MARQUEZ

Aujourd’hui, nous sommes surtout sur des logiques d’assistance. L’idée est d’automatiser certaines tâches répétitives ou peu valorisantes, pas de remplacer les professionnels. Mais il faut être lucide : l’IA générative et l’IA agentique vont transformer beaucoup de métiers. Le vrai enjeu, c’est d’accompagner les salariés dans cette évolution.

MEDIA +

France.tv utilise déjà l’IA pour personnaliser l’expérience utilisateur ?

ENCARNA MARQUEZ

Oui, via le machine learning et la data. Le vrai changement arrive maintenant avec l’IA générative. Aujourd’hui, une partie des jeunes utilise déjà ChatGPT pour s’informer ou vérifier des contenus. Cela change profondément le rapport aux médias.

MEDIA +

Quels sont les principaux défis liés à l’IA ?

ENCARNA MARQUEZ

Le défi n’est pas uniquement technique. L’IA transforme les usages et la façon dont les publics accèdent à l’information. Le risque, c’est la désintermédiation des médias. Quand une IA résume un sujet sans que l’utilisateur consulte la source, cela pose des questions majeures pour l’information et la confiance.

MEDIA +

Peut-on imaginer une télévision entièrement automatisée ?

ENCARNA MARQUEZ

Ce n’est pas notre vision. Chez France Télévisions, nous défendons un modèle «homme-machine-homme». Il y aura toujours une validation humaine. L’IA peut assister, accélérer ou enrichir certaines étapes, mais l’humain doit rester au centre.

MEDIA +

L’IA permettra aussi de faire des économies ?

ENCARNA MARQUEZ

Oui, forcément. Mais nous voulons le faire de manière raisonnée, sans fragiliser les salariés ou l’écosystème de création. L’objectif n’est pas d’utiliser l’intelligence artificielle «pour utiliser l’IA», mais de trouver un équilibre responsable.

MEDIA +

Vous semblez partager à la fois enthousiasme et prudence…

ENCARNA MARQUEZ

Oui, parce que l’IA représente une vraie opportunité. Mais tout évolue extrêmement vite et cela peut être déstabilisant. Notre rôle de service public est justement d’accompagner cette transformation sans laisser personne au bord du chemin. Nous avons la responsabilité de prendre du recul face à l’accélération technologique, de remettre les usages en perspective et de rappeler que la technologie n’a de valeur que par ce qu’elle apporte aux citoyens. L’IA est un outil puissant, mais elle demeure un moyen au service d’un projet humain, démocratique et collectif.

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