Face à la volonté d’Emmanuel Macron d’interdire les jeux vidéo violents aux plus jeunes si leur impact négatif est démontré scientifiquement, plusieurs acteurs du secteur dénoncent vendredi un «amalgame» et une «manoeuvre de communication politique». Dans une interview au média Brut, le président a annoncé avoir demandé à des experts d’étudier d’ici «mai-juin» les dangers des jeux vidéo pour la santé mentale des plus jeunes. En cas de «consensus scientifique» pour dire que l’impact sur les jeunes de certains jeux vidéo «est très mauvais», notamment ceux où on passe «cinq à six heures par jour à tuer des gens», «peut-être qu’il faudra interdire», a-t-il prévenu. Mais, comme le rappelle Thomas Rohmer, directeur de l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique (Open), de nombreuses études démontrent déjà «qu’il n’y a pas de rapport de causalité entre commettre des actes violents et le fait de jouer à des jeux identifiés comme violents». Si cette accusation refait régulièrement surface, c’est parce qu’il y a «un raccourci» qui s’opère entre «la dimension compétitive du jeu vidéo et ses imaginaires» de jeux de guerre ou de combat, souligne le spécialiste Olivier Mauco, fondateur de l’Observatoire européen du jeu vidéo. Certaines voix laissent croire que «si les gens tirent dans des jeux vidéo en ligne, ils vont faire la même chose en vrai. Or, ce n’est pas du tout le cas», insiste le spécialiste, qui relève que des accusations similaires ont pu cibler le cinéma ou certains genres musicaux dans le passé.
Interdiction «non adaptée» : Ce n’est pas la première fois que le chef de l’Etat associe les jeux vidéo à des comportements violents. En juin 2023, il avait provoqué la colère des joueurs en affirmant que «certains [jeunes vivaient] dans la rue les jeux vidéo qui les ont intoxiqués» pendant les émeutes qui ont suivi la mort du jeune Nahel (tué par un policier à Nanterre) – avant de faire son mea culpa quelques mois plus tard. Selon une enquête du Syndicat des éditeurs (Sell) publiée en septembre, plus de 40 millions de Français déclarent avoir joué au moins une fois aux jeux vidéo dans l’année. Avec un âge moyen situé à 40 ans, les 10-17 ans ne représentent que 12% de ce total, soit environ 4,8 millions de personnes. Pour Lévan Sardjevéladzé, président du Syndicat national du jeu vidéo (SNJV), «cette prise de position paraît à contre-courant de l’évolution sociale qui est en cours depuis de nombreuses années». Il dénonce «une manoeuvre de communication politique à laquelle on ne veut pas être mêlés». La proposition interroge également dans le camp présidentiel: «une interdiction serait à mon avis non adaptée», estime le député Renaissance Denis Masséglia, très actif sur les questions liées à l’industrie du jeu vidéo. Pour lui, «travailler pour que des jeunes ne passent pas toute leur journée devant un jeu vidéo me semble être la bonne réponse».


































