Format hybride et tension permanente : «Les Traîtres», de retour le 28 mars sur M6, repense les codes du divertissement. Son producteur artistique, Mathieu Chalvignac, en décrypte les coulisses.
MEDIA +
«Les Traîtres» s’impose comme l’un des formats les plus visionnés en replay. L’écrivez-vous comme une série ?
Mathieu CHALVIGNAC
Exactement ! C’est vraiment pensé comme une série. Déjà, visuellement, nous cherchons quelque chose qui se rapproche de la fiction : c’est très léché. Et puis dans la structure, nous retrouvons tous les codes sériels : un «previously», un cliffhanger, des épisodes de 52’… Cela nous permet de nous éloigner des formats de flux plus classiques, souvent plus longs, avec une seule élimination en fin de programme. Ici, on casse ces codes pour installer une narration continue et addictive, ce qui explique aussi en partie le succès en replay.
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Avec l’introduction du «traître maudit», cherchez-vous à renforcer la dramaturgie ou à complexifier la stratégie du jeu ?
Mathieu CHALVIGNAC
Les deux. Le programme fonctionne très bien avec des saisons rapprochées, donc il faut se renouveler rapidement. On ne peut pas attendre un an, il faut proposer quelque chose de différent à chaque fois. Le «traître maudit» introduit justement une nouvelle mécanique très forte : un joueur isolé qui démarre seul et dispose de 48 heures pour identifier les autres traîtres, sous peine d’être condamné. Cela renforce à la fois la tension dramatique et l’incertitude stratégique du jeu. Et puis, en construisant le casting, on identifie parfois des profils qui nous inspirent ce type de rôle.
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Comment choisissez-vous les traîtres ?
Mathieu CHALVIGNAC
Tout est envisageable. Je pars du principe que les 22 personnalités du casting peuvent toutes être traîtres. Ce qui compte, c’est la «photo de famille», l’équilibre entre les joueurs. Certains profils peuvent surprendre, mais fonctionner parfaitement au sein d’un groupe. Et ça, c’est toute la force du programme : révéler des personnalités sous un jour inattendu.
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Le passage à 22 personnalités marque-t-il un tournant narratif ?
Mathieu CHALVIGNAC
Ce n’est pas une décision arbitraire. Le nombre de joueurs découle directement de l’écriture. L’introduction du «traître maudit» nous a obligés à ajouter une journée de tournage et donc davantage de participants. On adapte toujours le casting en fonction des mécaniques de jeu, des épreuves et des rebondissements que l’on souhaite mettre en place.
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Comment structurez-vous le récit ?
Mathieu CHALVIGNAC
Le travail se construit à la fois en amont et sur le tournage. La préparation est déterminante : le casting, qui demande plusieurs mois, et la conception des épreuves et des mécaniques de jeu. Ensuite, sur place, rien n’est écrit ni scénarisé. Nous suivons les histoires qui émergent naturellement. À la table ronde, par exemple, certaines intrigues se dessinent très clairement, et nous faisons le choix éditorial de les accompagner. Ce qui est intéressant, c’est que la lumière se déplace en permanence d’un joueur à l’autre. Cela permet de renouveler constamment le récit et de faire exister l’ensemble des participants.
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On parle beaucoup de l’impact psychologique du jeu. Est-il sous-estimé ?
Mathieu CHALVIGNAC
Oui, clairement ! On oublie que les candidats sont totalement déconnectés de leur quotidien. Ils ne pensent plus qu’à trois choses : manger, dormir et jouer. Ils oublient très vite les caméras, tout est fait pour. À la table ronde, elles sont invisibles. L’équipe est très discrète. Résultat : ils vivent le jeu à 100%. Et tant qu’ils n’ont pas la vérité, ils n’arrivent pas à lâcher prise. Cela crée une vraie tension mentale. D’où la présence d’une psychologue.
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Envisagez-vous des évolutions du format ?
Mathieu CHALVIGNAC
Une version anonyme n’est pas à l’ordre du jour. Le public prend plaisir à redécouvrir des personnalités sous un autre angle, et c’est aussi l’une des forces du programme. En revanche, un All Stars constitue une piste intéressante. On pourrait imaginer une saison composée uniquement d’anciens traîtres, de loyaux venus prendre leur revanche, ou encore un mélange des deux. Beaucoup de participants expriment l’envie de revenir, ce qui rend cette option tout-à-fait crédible à moyen terme.
LES DIRIGEANTS
Bertrand Delmas
Stéphane Rak
DG
COORDONNEES
114 Avenue Charles de Gaulle
Neuilly-sur-Seine
DATE DE CREATION
2004
PRODUCTIONS
«Les Traîtres», «Top Chef», «Cauchemar en cuisine»…




































