Les violences et les pressions contre les journalistes ont augmenté depuis l’intensification du conflit dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), alerte l’ONG Reporters sans frontières (RSF) dans un rapport publié jeudi.
Le M23 («Mouvement du 23 mars») s’est emparé depuis fin 2021, avec le soutien du Rwanda et de son armée, de vastes pans de territoire dans la partie orientale de la RDC, riche en ressources et ravagée depuis trente ans par des conflits.
Le groupe armé réputé pour faire taire toute voix dissidente, a pris les grandes villes de Goma en janvier 2025 et Bukavu en février 2025, installant une administration parallèle dans les zones sous son contrôle.
«La totalité des journalistes de l’est de la RDC interrogés par RSF rapporte que, depuis la prise de Goma en janvier 2025, leurs méthodes de travail ont radicalement changé», indique l’organisation.
«Au moins huit journalistes ont été enfermés par le M23 ou par les renseignements militaires de l’armée régulière durant plusieurs jours» depuis janvier 2025, selon RSF.
Deux journalistes ont été enfermés par le M23 dans ces conteneurs transformés en geôle, où s’entassent jusqu’à 80 détenus, selon une enquête publiée par RSF mardi. «Il arrive fréquemment aux journalistes de collecter des faits sur le terrain et de décider, après analyse, de ne pas les traiter. Cette décision est dictée par un instinct de survie», assure ainsi une journaliste de Goma citée dans le rapport. Le M23 a imposé une «formation à l’idéologie» à au moins quatre journalistes, censuré des programmes dans les radios locales, ou y a imposé certaines d’émission ou des éléments de langage.
«Les menaces et pressions provenant du M23 sont aussi monnaie courante», assure RSF. Côté gouvernemental, les «accusations d’appartenir au camp du M23 et de son allié, le Rwanda, sont fréquentes» contre les journalistes, ajoute le rapport.
A Kinshasa, le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) opère comme le «bras opérationnel du pouvoir dans le contrôle du narratif sur la guerre» et «prend régulièrement des décisions s’apparentant de plus en plus à de la censure», poursuit RSF. Les «pressions viennent aussi directement du pouvoir», de manière publique ou officieuse, détaille l’ONG.
La prise de Goma a également «marqué une intensification de la désinformation» par les deux parties. Environ 90 journalistes des provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu ont été contraints de fuir leur domicile entre 2023 et début 2025, selon l’Union nationale de la presse congolaise (UNPC).



































