La BBC célèbre ses 100 ans en pleine période de doutes

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Institution incontournable du paysage audiovisuel britannique, la BBC célèbre mardi ses 100 ans en pleine période de doutes, entre concurrence des plateformes payantes et menaces sur l’avenir de son financement public. «Nous avons toujours innové, changé, nous sommes adaptés», a déclaré le président de la BBC Richard Sharp, appelant à profiter de cet anniversaire pour se tourner vers l’avenir.

«Notre chemin a toujours été guidé par les besoins du public», «nous en sommes conscients aujourd’hui comme nous l’avons toujours été», a-t-il ajouté, «en continuant à placer le public en tête, nous continuerons à informer, éduquer et divertir pour un nouveau siècle». La BBC est formée le 18 octobre 1922 par un groupe d’entrepreneurs, mais c’est le 14 novembre qu’est diffusé le premier programme: à 18h00 un bulletin d’information démarre et les premiers mots «2LO calling» crépitent.

«Il était lu une première fois, puis répété immédiatement après deux fois moins vite» pour que les auditeurs comprennent bien, explique James Stirling, responsable du 100e anniversaire de la BBC. Dix ans plus tard, en 1932, les progrès sont tels que le roi George V s’adresse à l’Empire britannique à la radio: c’est le début de BBC Empire Service, ancêtre du BBC World Service d’aujourd’hui. La voix du roi a été entendue pour la première fois par des millions de personnes simultanément. La télévision naît en 1936. Depuis, le groupe audiovisuel public a produit ses séries au succès mondial comme Peaky Blinders ou Fleabag. Ses programmes d’informations donnent le ton de l’agenda politique britannique et ses divertissements réunissent des millions d’adeptes. Avec une audience mondiale de 492 millions de personnes par semaine, des programmes dans une quarantaine de langues, la BBC dépasse largement les frontières du Royaume-Uni, dont elle constitue un outil très puissant de «soft power».

Mais elle subit de plein fouet la concurrence des plateformes payantes, notamment auprès des jeunes, et les critiques des conservateurs au pouvoir, qui l’accusent de couverture biaisée, notamment sur le Brexit, et centrée sur les préoccupations des élites urbaines plutôt que des classes populaires. Le gouvernement – alors dirigé par Boris Johnson – a gelé en janvier pour deux ans la redevance (159 livres, soit 181 euros par an), créant un trou béant dans ses comptes alors que l’inflation approche les 10% dans le pays. Il avait aussi fait planer la menace à terme d’une suppression pure et simple de la redevance.

Sous pression budgétaire, le groupe a annoncé en mai un plan visant à faire 500 millions de livres (586 millions d’euros) d’économies par an. Environ 1.000 emplois (sur un total d’environ 22.000 employés) sont supprimés, des chaines sont fusionnées et d’autres passent exclusivement en ligne. Le centenaire est marqué par une série de programmes spéciaux. Charles, qui n’était pas encore roi lors du tournage, apparaîtra dans «The Repair Shop», programme qui donne une nouvelle vie à des objets anciens chers au coeur de leurs propriétaires. C’est ainsi qu’il a confié aux mains expertes de l’émission une horloge du XVIIIe siècle, provenant de la collection de sa fondation, et une céramique peinte pour le jubilé de diamant de la reine Victoria, dans ce programme filmé entre l’automne 2021 et mars 2022.