L’actrice Judith Godrèche porte plainte pour viols sur mineure contre le réalisateur Benoît Jacquot

88

Nouvelle déflagration dans le #MeToo français du cinéma: l’actrice Judith Godrèche a porté plainte pour viols sur mineure contre le réalisateur Benoît Jacquot, qui l’a dirigée et a entretenu plusieurs années une relation avec elle à partir de ses 14 ans. Son avocate, Me Laure Heinich, a confirmé mercredi matin cette information du Monde sur le dépôt de plainte de l’actrice pour viols sur mineure de 15 ans par personne ayant autorité, mardi à la Brigade de protection des mineurs. Selon Le Monde, M. Jacquot, 77 ans et un film attendu prochainement, «nie fermement les allégations et accusations». La comédienne et le cinéaste de 25 ans son aîné ont débuté leur relation au printemps 1986, alors qu’elle avait tout juste 14 ans et faisait ses premiers pas dans le cinéma. Ils ont vécu ensemble, sans cacher leur relation, achetant même un appartement dans Paris, jusqu’à leur séparation en 1992. L’actrice, dont le rôle de lycéenne dans «La désenchantée» de Benoît Jacquot lui a valu en 1991 une nomination au César du meilleur espoir féminin, est ensuite devenue l’une des stars prometteuses du cinéma français, apparaissant dans des dizaines de films dont «Ridicule», «L’auberge espagnole» ou «Potiche». Celle qui a donné la réplique à DiCaprio («L’Homme au masque de fer») s’est par la suite fait rare, se retirant aux Etats-Unis. Fin 2023, elle fait son retour sur les écrans français, et jette une lumière crue sur sa relation avec Jacquot, que ses parents n’ont à l’époque nullement empêchée, dans une série en forme de témoignage, «Icon of French cinema», diffusée sur Arte. Elle n’avait encore jamais mis en cause le réalisateur devant la justice pour ces faits, qui paraissent prescrits. Dans une dizaine de stories publiées dans la nuit de mardi à mercredi sur Instagram, Mme Godrèche qualifie à plusieurs reprises M. Jacquot de «pervers» qui la «remet inlassablement à la place de l’objet inexistant». Début janvier, dans une autre story, la comédienne de 51 ans disait que «la petite fille en (elle) ne peut plus taire ce nom» et parlait d’»emprise» et, encore, de «perversion». «Il s’appelle Benoît Jacquot», nommait-elle. «Qui a de l’estime pour (ses) pratiques ? Connues de tous et toutes depuis 35 ans ? Qui cautionne et valide ? L’agent qui le représente ? Qu’il m’a présenté à 14 ans ? Son producteur ? Même chose. (…) D’où lui vient ce sentiment d’impunité ? Tout se savait. Et les mêmes sont aux manoeuvres», poursuivait-elle, disant craindre qu’on ne lui «tourne le dos», après ces propos. Sa prise de parole avait été motivée par le visionnage d’un documentaire de 2011 où Benoît Jacquot reconnaissait le caractère illégal de sa relation passée avec l’adolescente: «Oui c’était une transgression. Ne serait-ce qu’au regard de la loi (…) on n’a pas le droit en principe, je crois. Une fille comme elle qui avait en effet 15 ans, et moi 40, je n’avais pas le droit», disait-il. Devant les enquêteurs, Judith Godrèche a par ailleurs dénoncé des violences au cours de cette relation, selon Me Heinich. Le réalisateur des «Adieux à la reine» (2012), héritier de la Nouvelle vague et connu surtout pour des succès d’estime, a construit son oeuvre autour des actrices, des stars comme Isabelle Huppert ou des débutantes, comme Isild Le Besco et Virginie Ledoyen. «Je ne peux filmer une comédienne que si j’en suis amoureux», lançait en 2009 l’intéressé dans Le Figaro. Cette plainte vient s’inscrire dans le sillage de nombreuses accusations du #MeToo du cinéma français, visant ces dernières semaines d’autres personnalités importantes du 7e art tricolore. Gérard Depardieu, mis en examen pour viols depuis fin 2020, a été cloué au pilori pour des séquences tournées en 2018 en Corée du Nord et diffusées par Complément d’enquête en décembre, où il multiplie propos misogynes et insultants en s’adressant à des femmes.