Le procès du patron du CNC Dominique Boutonnat, accusé d’agression sexuelle, s’ouvrira vendredi à Nanterre

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Le procès du président du Centre national du cinéma (CNC) Dominique Boutonnat, accusé par son filleul d’agression sexuelle et dont le retrait du monde du 7e art a été demandé par plusieurs associations et personnalités, s’ouvrira vendredi à Nanterre. Lors d’un séjour en Grèce en août 2020, Dominique Boutonnat, 54 ans, aurait embrassé de force et agressé sexuellement son filleul alors âgé de 21 ans, selon les dires de ce dernier. Son parrain, avec qui il n’a pas de lien de parenté, a tenté de le masturber après qu’ils se sont baignés nus dans une piscine, accuse la victime dans sa plainte. «Je le masturbe pour qu’il arrête de me toucher», dénonce-t-il encore, assurant que son parrain avait ensuite essayé de lui imposer une fellation. Pour sa part, le président du CNC a, dès les premières investigations, reconnu des «baisers consentis», «des gestes d’affection qu’il a stoppés quand il a senti de la part de son filleul que ce geste aurait pu dégénérer en autre chose», avait affirmé en 2022 son avocat Emmanuel Marsigny, annonçant déposer une plainte pour dénonciation calomnieuse. Cette plainte a été classée pour infraction insuffisamment caractérisée en septembre 2022, selon le parquet de Nanterre. Selon des éléments de l’enquête, Dominique Boutonnat avait demandé dans des messages à son filleul de garder le secret sur cette nuit-là. Il a été mis en examen pour tentative de viol, mais le parquet a écarté cette qualification pour retenir uniquement l’agression sexuelle, suffisamment caractérisée selon lui pour qu’un procès se tienne. Malgré sa mise en examen en février 2021, Dominique Boutonnat avait été reconduit par l’exécutif à son poste à la tête du CNC en juillet 2022. La CGT-spectacle avait appelé à sa démission en octobre 2022, et le collectif 50/50, qui milite pour l’égalité, la parité et la diversité dans l’industrie cinématographique et audiovisuelle, avait déploré sa reconduction. «A l’heure où il nous faut collectivement améliorer les outils pour lutter contre les violences et les harcèlements sexistes et sexuels (…), comment se faire entendre quand, à la tête du principal organisme du secteur, se trouve une personne elle-même mise en examen pour des faits qualifiés par la justice «d’agression sexuelle»?», interrogeait alors le syndicat. L’ancien producteur de cinéma dirige le très puissant Centre depuis 2019, en charge d’accorder des subventions aux productions françaises, mais également d’organiser la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Des formations obligatoires à la prévention de ces violences ont notamment été mises en place pour les entreprises du secteur et sont même devenues une condition pour toucher des aides publiques. Selon l’actrice Judith Godrèche, les producteurs se rendent au CNC «en rigolant parce qu’ils se disent «c’est drôle, je vais aller faire une formation contre les violences sexuelles à l’intérieur d’une institution dont le président est lui-même accusé de violences sexuelles»», avait-elle lancé lors d’une audition au Sénat en février. L’actrice, qui milite pour la protection des enfants et contre les violences sexuelles, particulièrement dans le milieu du cinéma français, avait demandé la mise en retrait de ses fonctions du patron du CNC. L’actrice Adèle Haenel l’avait également mentionné en mai 2023 quand elle avait annoncé arrêter définitivement le cinéma, dénonçant ceux qui «se donnent la main pour sauver la face des Depardieu, des Polanski, des Boutonnat». Le CNC a déclaré que «les faits allégués, qui relèvent de la sphère privée, sont sans aucun rapport» avec l’activité du Centre. Son fonctionnement n’a «pas été affecté par le déroulement de la procédure judiciaire», assure encore l’institution.