Le Sri Lanka interdit aux fonctionnaires les réseaux sociaux

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Le Sri Lanka a interdit mercredi aux fonctionnaires d’exprimer leur opinion sur les réseaux sociaux, certains d’entre eux ayant dénoncé les malaises d’écoliers pour cause de malnutrition en raison de la grave crise économique qui secoue le pays.

Dans une ordonnance adressée à 1,5 million d’employés de l’État, le ministère de l’Administration publique a prévenu que l’interdiction de parler aux journalistes s’étendait désormais également aux réseaux sociaux. «Exprimer des opinions sur les réseaux sociaux pour un fonctionnaire (…) constituera une infraction entraînant une mesure disciplinaire», peut-on lire dans le document.

Cette ordonnance fait suite à des affirmations de responsables locaux de la Santé et d’enseignants, selon lesquelles des dizaines d’élèves s’évanouiraient dans les écoles en raison d’un manque de nourriture. Depuis fin 2021, le pays de 22 millions d’habitants est secoué par une crise économique sans précédent depuis son indépendance, marquée par de sévères pénuries de nourriture, carburant et médicaments, faute de devises pour financer les importations de produits essentiels.

Le ministre de la Santé, Keheliya Rambukwella, a rejeté les allégations de malnutrition chez les jeunes enfants. Il a accusé les fonctionnaires d’exagérer la situation «pour des motifs politiques». Cependant, le dernier rapport du Programme alimentaire mondial soutient que six millions de Sri-Lankais, soit près d’un tiers de la population du pays, sont «en situation d’insécurité alimentaire et ont besoin d’une aide humanitaire».

Dans ce pays d’Asie du Sud, les pénuries ont provoqué des manifestations importantes.

Au plus fort du mouvement de contestation, des milliers de manifestants ont pris d’assaut en juillet la résidence officielle du président déchu Gotabaya Rajapaksa, l’obligeant à se réfugier à l’étranger d’où il a annoncé sa démission.

Peu après la prise du pouvoir par son successeur Ranil Wickremesinghe, l’armée a démantelé un site occupé par les manifestants devant la présidence et arrêté des centaines de personnes, avant d’interdire de manifester dans la capitale.

En septembre, le Sri Lanka a plaidé pour un accord rapide auprès de ses créanciers afin d’ouvrir la voie à un renflouement par le FMI à hauteur de 2,9 milliards de dollars. Mais la restructuration de la dette est une condition préalable à l’approbation par le FMI d’un plan de sauvetage.

La Chine étant le premier créancier bilatéral détenant plus de 10% de la dette extérieure du Sri Lanka, des fonctionnaires impliqués dans le processus avaient déclaré début septembre qu’il était crucial de conclure un accord avec Pékin.