Les derniers jours d’Aldo Moro abordés par Marco Bellocchio, pour la 2ème fois de sa carrière, cette fois-ci dans une série diffusée sur ARTE

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1978, les années de plomb à Rome: Aldo Moro, à la tête du parti au pouvoir, est enlevé par les Brigades rouges puis assassiné: un traumatisme pour l’Italie, une obsession pour Marco Bellocchio, qui l’aborde pour la deuxième fois de sa carrière, cette fois-ci dans une série diffusée sur ARTE. Pour le cinéaste, revenir sur cette tragédie italienne vingt ans après son film «Buongiorno, notte» était «très important». «J’ai un regard totalement différent aujourd’hui, moins politique», confiait-il à Cannes, où le film a été présenté.

Quand débute «Esterno Notte» (Extérieur nuit), sur Arte.tv à partir de mercredi et sur Arte dès le 15 mars, l’Italie est déchirée par la violence politique, qui oppose les Brigades rouges, principale organisation armée d’extrême gauche, et l’Etat. Dans un geste d’apaisement, et contre la pression du bloc occidental, le président de la démocratie chrétienne Aldo Moro décide de s’allier aux communistes.

Le jour-même de l’installation du nouveau gouvernement, Moro est kidnappé lors d’une embuscade des Brigades rouges dans laquelle ses cinq gardes du corps sont tués. Un choc, un traumatisme pour toute l’Italie, qui vit alors «sa première tragédie en direct», selon les termes de Marco Bellocchio, 83 ans. «Il n’y avait pas la télé 24h/24 comme aujourd’hui, mais tout le monde lisait les journaux». Après 55 jours haletants, ponctués de faux communiqués, de lettres de supplications de l’otage, Aldo Moro est tué. «Beaucoup de jeunes à l’époque étaient pour ce genre d’opération révolutionnaire qui avait eu une belle réussite, mais personne ne s’attendait à une telle fin». Quand «Buongiorno, notte» restait «à l’intérieur de la prison», «Esterno, notte» ne montre presque rien de la captivité d’Aldo Moro. Le cinéaste italien a profité du format de la série pour scruter les puissants de l’époque: le ministre de l’Intérieur Francisco Cossiga, que le drame rend physiquement malade et laisse au bord de la démence, ou encore le pape Paul VI, qui lutte contre un corps en fin de vie pour tenter de sauver celle d’Aldo Moro en négociant secrètement sa libération.

Dans chaque épisode (6×50’), Bellocchio s’attarde sur un protagoniste de cette tragédie: Aldo Moro (Fabrizio Gifuni) lui-même, Cossiga donc (Fausto Russo Alesi) et Paul VI, incarné par Toni Servillo. Margherita Buy, figure des films de Nanni Moretti, incarne l’épouse d’Aldo Moro, seule face à la médiocrité et à l’impuissance des «grands» au pouvoir. Une classe politique est sévèrement dépeinte par Bellocchio: impuissante face à la violence des Brigades rouges, mesquine quand il s’agit de sauvegarder ses places au gouvernement, déplacée lorsqu’elle présente des condoléances prématurées à Eleonora Moro. A travers le personnage d’Adriana Faranda, pasionaria du mouvement impliquée dans l’enlèvement d’Aldo Moro, Marco Bellocchio aborde avec finesse le dilemme d’une révolutionnaire dont la certitude «à un moment donné, entre en crise». Cette mère célibataire, en couple libre qui a sacrifié sa fille, selon ses mots, par romantisme révolutionnaire, incarne avec les étudiants d’extrême gauche le choc des générations, avec des parents sous le joug de la religion et de la famille.