L’IA bouscule Hollywood mais ne remplacera pas les créateurs

L’IA bouscule Hollywood mais ne remplacera pas les créateurs

L’IA s’impose rapidement à Hollywood et bouleverse l’industrie du cinéma, mais la créativité humaine aura toujours une longueur d’avance sur cette technologie, estime un responsable d’Artlist, une plateforme d’outils créatifs d’IA. Cette mutation est l’un des thèmes abordés lors de l’édition 2026 de South by Southwest (SXSW), un grand salon mêlant la tech, la musique et la culture, qui se tient du 12 au 18 mars à Austin (Texas). Invité à l’événement, le réalisateur Steven Spielberg a clairement fait savoir sa position: «Je n’ai encore jamais utilisé l’IA dans aucun de mes films. (…) Je ne suis pas favorable à l’IA si elle vient se substituer à un créateur». Pour Joshua Davies, directeur de l’innovation chez Artlist – une société à l’origine d’un générateur de vidéos IA implantée à Tel-Aviv et qui s’est récemment positionnée comme fournisseur d’outils créatifs pour les cinéastes – la technologie ne remplacera jamais la créativité humaine. «Donnez le même outil d’IA à un technophile et à un créatif et demandez-leur de créer quelque chose, je sais déjà lequel des deux je préférerais regarder», remarque M. Davies, fondateur de la société de logiciels de montage vidéo FXhome, rachetée par Artlist en 2021. Il reconnaît toutefois que les inquiétudes du secteur ne sont pas infondées, les nouveaux modèles vidéo d’IA ayant «effrayé tout le monde», notamment en ce qui concerne les violations du droit d’auteur ou du droit à l’image. Se pose aussi la question fondamentale de l’avenir de la production cinématographique et télévisuelle. «Si je devais sortir un film «Iron Man» en 2027 ou 2028, est-ce que je ferais appel à plusieurs studios d’effets spéciaux ? Est-ce que je m’attendrais à ce qu’ils utilisent l’IA ? On est tous en train de trouver nos marques», confie Joshua Davies. Il décrit les outils vidéo IA d’Artlist comme un moyen de «compléter les éléments que l’on ne peut pas filmer, que l’on n’a pas filmés ou que l’on n’a pas les moyens de filmer», plutôt qu’un moyen de remplacer totalement les tournages. Mais les monteurs, les spécialistes des effets visuels et d’autres professionnels d’Hollywood ont observé avec inquiétude les progrès fulgurants de l’IA générative. Ils craignent que des outils capables de produire des images de qualité professionnelle, à un coût bien inférieur à celui des méthodes traditionnelles, ne viennent détruire des secteurs d’activité entiers. Les grands studios sont en train d’étudier la manière dont l’IA peut être intégrée dans la production de films, laissant présager des changements importants au sein d’un secteur qui a déjà traversé une période difficile après la pandémie de Covid-19 et la grève des scénaristes en 2023. Artlist a fait les gros titres en février lorsqu’elle a produit un spot pour le Super Bowl en moins de 5 jours, à l’aide de ses propres outils, pour un coût bien inférieur aux millions de dollars habituellement dépensés pour la publicité lors de ces grands événements sportifs. M. Davies a tenu à réfuter l’idée selon laquelle cette publicité représentait l’avenir de la production sans intervention humaine. Il s’agissait plutôt, selon lui, de créatifs «utilisant l’outil pour en tirer le meilleur parti». M. Davies explique qu’Artlist s’attache à offrir aux créateurs un contrôle précis sur la création ou le montage de séquences, ce qu’il qualifie de «Saint Graal» pour l’entreprise. Selon lui, les modèles d’IA existants gèrent assez bien les plans fixes simples, mais peinent notamment à réaliser des mouvements de caméra complexes. L’IA permettra de réduire considérablement les frais de production, sans toutefois les éliminer, explique M. Davies. Il espère que, sur le long terme, l’IA puisse aider les cinéastes indépendants et les créateurs de contenu qui manquent actuellement de budget pour mener à bien leurs projets. «L’IA va complètement uniformiser les règles du jeu: c’est l’histoire qui comptera». Il se montre prudemment optimiste quant au futur du secteur, rejetant les scénarios les plus dystopiques. «L’idée selon laquelle personne n’aura plus de travail à la fin ne tient pas la route à mes yeux», conclut-il.

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