M-H. RANC (USPA) : « Le documentaire est le 2ème genre le plus aidé depuis 2016, avec 31% des aides à la production »

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A l’occasion de la 30ème édition du Sunny Side of the Doc, L’Union Syndicale de la Production Audiovisuelle (USPA) a tenu une conférence de presse pour faire un point sur le documentaire. L’occasion pour média+ de rencontrer Marie-Hélène RANC et Stéphane MILLIERE, Vice-Présidents de l’USPA, en charge de la Commission Documentaire.

MEDIA +

L’Union Syndicale de la Production Audiovisuelle (USPA) était présente à la 30ème édition du Sunny Side of the Doc. Quels étaient vos objectifs ?

MARIE-HELENE RANC

L’USPA était présente au Sunny Side of the Doc pour défendre notre vision du documentaire, notamment vis-à-vis du service public qui est notre principal partenaire, que ce soit France TV ou Arte. Notre mission est aussi de défendre le financement de l’audiovisuel public, défendre la redevance et valoriser le documentaire. Ce genre est un excellent vecteur d’exportation que ce soit en chiffre d’affaires ou en nombre d’emplois. Cet événement nous permet aussi de tisser de nombreux liens et de rencontrer nos partenaires. En tant que vice-président, notre mission est aussi de faire remonter les inquiétudes de nos adhérents.

MEDIA +

Comment qualifieriez-vous les discussions avec les diffuseurs ?

STEPHANE MILLIERE

Les discussions sont des négociations constantes. Tout ne tourna pas autour d’éventuelles restrictions budgétaires. Pour exemple, le budget de France Télévisions au niveau du documentaire a été sanctuarisé suite aux négociations que nous avons menées avec le groupe public, il y a de ça 6 mois. Il a alors atteint 101 millions d’euros par an pour la période 2019 / 2022. Le groupe public représente 50% des apports des diffuseurs et 41% du volume. De notre côté, nous avons convaincu les producteurs de faire des efforts pour céder notamment plus de droits. Nous sommes confiants des orientations prises par les différents diffuseurs. Nous sommes cependant inquiets concernant la ligne éditoriale des différentes catégories du documentaire initiée par le service public.

MEDIA +

Les plateformes numériques menacent-elles aujourd’hui les producteurs ?

STEPHANE MILLIERE

Les plateformes numériques représentent une menace pour la création, notamment dans le genre documentaire, car elles assèchent la production. C’est déjà le cas au Royaume-Uni. Les plateformes se lancent petit à petit dans la création, la production et la réalisation de documentaires d’envergure. C’est une force pour le genre documentaire, certes. Néanmoins, au sein de l’USPA, nous restons vigilants concernant la rémunération des acteurs et la gestion des droits.  Nous craignons qu’il y ait une vraie atteinte au niveau du statut des producteurs indépendants et de la gestion des droits. J’ai néanmoins l’impression que les diffuseurs comprennent la nécessité de préserver une diversité des producteurs pour ainsi garantir une diversité des documentaires et du besoin de renouvellement des genres et des écritures.

MEDIA +

La coproduction est-elle un remède face à cette menace ?

MARIE-HELENE RANC

La coproduction permet de mieux financer les films, notamment les films à forte ambition. En 2017, 389 heures documentaires étaient financées avec l’étranger, soit 22%. Néanmoins, les diffuseurs français ont tendance à vouloir produire des documentaires à destination de leur public premier, local. Cependant, une alliance se forme, Global doc, au niveau des différents diffuseurs européens de service public pour mettre en commun les moyens et coproduire de nombreux projets.

MEDIA +

Le documentaire est-il assez aidé financièrement en France ?

MARIE-HELENE RANC

En France, la production est assez bien aidée, il faut le reconnaître. En 2018, le CNC a aidé la production à hauteur de 76,8 millions d’euros, soit 45% du volume total de la production audiovisuelle. Le documentaire est le deuxième genre le plus aidé depuis 2016, avec 31% des aides à la production. Enfin, le volume de production est en baisse à 2.141 heures en 2018, soit une baisse de 5,5% par rapport à 2017 et une baisse de 30% par rapport à 2013. Nous remarquons que le CNC met un point d’honneur à soutenir les nouvelles écritures comme par exemple les documentaires qui mixent les genres.