À la tête de franceinfo (canal 16), Muriel Pleynet poursuit la transformation de la chaîne d’information du service public dans un environnement plus concurrentiel que jamais. Nouvelle émission de décryptage, grille en évolution, stratégie éditoriale affirmée : la dirigeante détaille ses ambitions pour renforcer l’expertise de l’antenne et installer durablement sa singularité.
Vous lancez «C’est toute la question», un nouveau rendez-vous quotidien de décryptage, du lundi au jeudi entre 17h et 18h. Que révèle ce choix ?
C’est à la fois une manière de réaffirmer la valeur éditoriale du service public avec une émission de décryptage et de poursuivre l’évolution de notre grille. Nous l’avons déjà beaucoup remaniée, mais elle mérite de l’être encore davantage afin d’afficher plus clairement notre identité et de proposer des rendez-vous mieux identifiés. Dès ce lundi, «C’est toute la question» permettra d’approfondir un seul et même sujet pendant une heure. Cela nous arrive déjà à d’autres moments de la grille, notamment dans le 18-20 présenté par Sonia Chironi ou le 21-23 incarné par Loïc de La Mornais. Mais il y avait une volonté de débuter nos soirées plus tôt, dès 17h, avec ce nouveau rendez-vous. Si je devais schématiser, ce sera un peu le C dans l’air» de franceinfo : chaque jour, une question centrale, approfondie autour de Gilles Bornstein, avec des experts et des invités en plateau. L’idée est vraiment de se poser, de prendre le temps.
Vous avez évoqué la nécessité de remanier la grille de franceinfo. S’agit-il d’un ajustement tactique pour renforcer certains carrefours d’audience ?
Depuis notre passage au canal 16, nous avons déjà fait évoluer la grille, et nous continuons par petites touches. Il ne s’agit pas de la révolutionner – nous en sommes globalement satisfaits – mais plutôt de la renforcer. L’après-midi reste un moment plus difficile pour toutes les chaînes info : ce n’est pas forcément l’horaire où les téléspectateurs sont devant leur télévision. Il y a une réelle volonté de muscler cette tranche et d’y apporter davantage de décryptage, dans la droite ligne de ce que nous faisons déjà très bien dans le 18-20 et le 21-23.
Dans un contexte où toutes les chaînes info progressent, comment interprétez-vous la hausse de franceinfo ?
C’est une validation de notre stratégie éditoriale. Bien sûr, l’actualité internationale joue un rôle, mais notre antenne fonctionne aussi très bien lors de séquences économiques fortes. À l’automne, par exemple, toute la période du débat budgétaire a particulièrement bien marché. C’est la confirmation du besoin et de la nécessité d’une chaîne d’information de service public, avec une antenne peut-être plus plurielle. Nous traitons des sujets que l’on ne voit pas forcément ailleurs. Delphine Ernotte nous avait fixé un objectif de 7 millions de téléspectateurs par jour fin 2025 : nous l’avons atteint. C’est une grande satisfaction et une première étape. Doucement mais sûrement, nous gagnons en audience et en visibilité.
La bataille semble aujourd’hui se jouer autant sur l’incarnation que sur l’information…
Je ne crois pas forcément qu’un visage connu fasse l’audience. En revanche, franceinfo doit encore gagner en expertise et peut-être en séniorité. Nous avons de jeunes journalistes très talentueux, mais l’expérience constitue aussi une véritable valeur ajoutée. C’est d’ailleurs pour cela que nous confions la tranche 17-18h à Gilles Bornstein. Ce n’est pas lui faire offense de dire qu’il est un peu plus âgé que certains de nos présentateurs ! Quant aux nouvelles incarnations, nous ne nous interdisons rien. Mais ce que nous recherchons avant tout, c’est la crédibilité et l’expertise : c’est sur cela que nous capitalisons.
Quelle est aujourd’hui la véritable signature éditoriale de franceinfo ?
L’expertise, le direct, la priorité à l’actualité et donc le réflexe info. Quand un événement survient, chacun a son positionnement : BFMTV va être très «hard news», LCI capitalise beaucoup sur l’international, et CNews a sa propre logique. De notre côté, nous sélectionnons aussi des sujets différents : l’Inde, l’Afghanistan ou la Birmanie récemment pour l’international, mais aussi des thèmes de société comme la fin du devoir conjugal. Ce sont des sujets qui ne feront pas forcément une demi-heure de débat ailleurs, mais que l’on peut voir sur franceinfo.
CNews dépasse pour la première fois les 3% de part d’audience, LCI signe la plus forte progression du PAF et BFMTV reste leader sur les 25-49 ans. Assiste-t-on selon vous à une recomposition durable du paysage des chaînes info ?
Les choses évoluent, et cela prouve justement que rien n’est figé. La vérité d’aujourd’hui peut être différente dans six mois ou dans un an. Les mouvements d’audience que nous observons démontrent que le paysage reste en transformation permanente.
À moyen terme, par quels leviers passera la croissance de franceinfo ?
Il y a un vaste chantier autour du média global. Nous devons créer davantage de transversalité et de passerelles avec la radio ; c’est un enjeu d’organisation et de structure, presque au-delà d’une simple volonté politique. Sur le plan éditorial, notre croissance passera par la crédibilité, la fiabilité de l’information et l’expertise – des axes sur lesquels nous devons encore nous renforcer.


































