Macron face au défi de la désinformation en ligne

Macron face au défi de la désinformation en ligne

C’est sa priorité de fin de mandat: la lutte contre la désinformation sur les réseaux sociaux mêle chez Emmanuel Macron un combat intime, des inquiétudes politiques et un rapport ambivalent à cette «presse libre» érigée en rempart mais aussi parfois malmenée. Après avoir engrangé un 1er vote par l’Assemblée nationale de sa mesure-phare, l’interdiction aux moins de 15 ans des différents TikTok, Snapchat ou Instagram, le chef de l’Etat va tenter jeudi de dissiper les inquiétudes des internautes en leur répondant directement sur le média Brut. Mais ce ne sera pas «la fin de l’histoire», prévient son entourage, prévoyant de «perler» ces prochaines semaines les annonces sur d’autres dispositions pour élargir la bataille, y compris au niveau européen où la position française commence à faire des émules. Au menu, comme il l’a déjà esquissé ces derniers mois, des mesures pour renforcer la «responsabilité des plateformes» afin de lutter contre les ingérences. Mais aussi un combat pour réclamer la transparence des algorithmes et la possibilité de lever l’anonymat de ceux qui en «abusent». L’idée directrice du président, qui a fait à l’automne une tournée face aux lecteurs de la presse régionale, est que les médias traditionnels sont régulés par la loi sur la presse de 1881 mais que les réseaux sociaux actuels y échappent largement et qu’il faut donc adapter les textes. C’est un sujet qu’Emmanuel Macron porte depuis plusieurs années. Il a d’abord été à l’initiative de démarches de coopération avec les géants de la tech mais ces efforts ont tourné court avec la conversion au trumpisme des patrons du secteur aux Etats-Unis, depuis le retour de Donald Trump au pouvoir il y a un an. C’est presque une intime conviction chez lui. Dans les Vosges, fin novembre, interrogé par une femme qui racontait son harcèlement sur les réseaux sociaux, Emmanuel Macron avait lui-même porté le débat sur le plan personnel. «J’ai été personnellement, mon épouse encore plus que moi, confronté au même genre de chose», avait-il glissé, dans une allusion aux rumeurs et campagnes de désinformation affirmant, depuis des années, que Brigitte Macron serait «née homme». «On est totalement démuni», «il y a des fadas pour penser que c’est vrai. Et puis ça vous mine», avait-il reconnu. L’occasion pour le président de plaider pour l’instauration d’une action judiciaire en urgence contre les «fausses informations» sur les réseaux, là où les plaintes classiques prennent des années à aboutir. Les projets présidentiels ne sont toutefois pas dénués d’intentions politiques. Selon le chef de l’Etat, le modèle économique des réseaux sociaux «n’est pas du tout de nous informer mais de vendre de la publicité individualisée» et, pour ce faire, de «créer de la dépendance» en partageant des «contenus qui vont créer des émotions négatives (…) celles qui créent le plus d’excitation». Tout ceci est favorisé par des algorithmes «totalement opaques» aux mains de patrons de plateformes qui ne sont pas neutres politiquement, à l’instar d’Elon Musk, propriétaire de X mais aussi allié de Donald Trump. Face à des risques de dérives, Emmanuel Macron l’a affirmé sans détours lors de sa tournée automnale: «pour qu’une démocratie fonctionne, elle a besoin d’informations fiables et claires et donc elle a besoin d’une presse libre». C’est d’ailleurs sa promotion d’un «label» pour les médias, décerné «par les professionnels», qui lui a valu les accusations de «tentation autoritaire» venues de la droite et des médias de Vincent Bolloré, qui continuent d’entretenir ce soupçon au sujet de la régulation des réseaux sociaux. Mais son plaidoyer pour cette «presse libre» n’est pas sans ironie tant le président de la République a entretenu un rapport complexe avec les médias. Dès 2018, en pleine affaire Benalla, le 1er gros accroc de son double mandat, il regrettait d’avoir en France «une presse qui ne cherche plus la vérité».

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