À l’occasion du Festival international du film d’animation d’Annecy, Marc du Pontavice, président directeur général de Xilam, revient sur les défis du marché et les priorités stratégiques du studio.
MEDIA +
Vous signez une présence record à Annecy cette année. Que représente cette reconnaissance pour le studio dans le contexte actuel du marché ?
Marc du PONTAVICE
Nous sommes évidemment très heureux de cette présence importante à Annecy et de la visibilité accordée aux projets de Xilam. Cela a une résonance particulière car nous sortons de deux ou trois années de crise assez forte qui ont touché l’ensemble des studios de production dans le monde. Dans ce contexte, Xilam s’en sort plutôt bien grâce à sa capacité à renouveler ses créations. Cette édition d’Annecy marque aussi notre retour vers un cinéma d’animation particulièrement ambitieux. Après le succès de «J’ai perdu mon corps», sorti en 2019 et nommé aux Oscars, nous présentons deux projets majeurs : «Lucy Lost», qui sortira en salles le 28 octobre prochain, et «Le Loup», adaptation de l’œuvre de Jean-Marc Rochette.
MEDIA +
Vous couvrez des publics très différents. Cette diversification est-elle devenue une nécessité stratégique?
Marc du PONTAVICE
Oui, clairement. Pendant longtemps, Xilam était principalement identifié à la comédie jeunesse sans dialogue. Progressivement, nous avons compris que si nous voulions continuer à grandir et mieux résister aux cycles économiques, nous devions explorer d’autres segments de marché. Nous nous sommes d’abord tournés vers le préscolaire avec plusieurs succès comme «Oggy Oggy», «Paprika» ou «Les Trois Bricochons». Nous avons également commencé à développer des contenus destinés aux adolescents et aux adultes. «The Doomies» est un exemple important puisqu’il s’agit de notre première comédie horrifique pour adolescents. Cette diversification est essentielle. Elle nous permet d’aller chercher de nouveaux publics tout en explorant de nouveaux territoires narratifs.
MEDIA +
Les plateformes investissent-elles toujours autant dans l’animation qu’il y a deux ou trois ans ?
Marc du PONTAVICE
Non, très clairement. Depuis deux ou trois ans, les plateformes sont beaucoup plus en retrait. C’est même probablement l’une des principales causes de la crise que traverse actuellement notre industrie. Mais il existe aussi un autre phénomène majeur : la montée en puissance de YouTube. Aujourd’hui, la plateforme capte près de 30% de l’audience des enfants. Or, contrairement aux chaînes de télévision ou aux plateformes de streaming traditionnelles, YouTube n’investit pas dans la création. Ce déséquilibre crée une situation difficile pour l’ensemble du secteur.
MEDIA +
Comment évoluent aujourd’hui les relations entre les producteurs indépendants et les grands acteurs mondiaux comme Disney+, Netflix ou Prime Video ?
Marc du PONTAVICE
Heureusement, le secteur reste soutenu en France par plusieurs mécanismes stabilisateurs. Les chaînes françaises et certaines grandes chaînes européennes continuent à financer la création. Par ailleurs, une réforme récente portée par le ministère de la Culture va permettre de mieux orienter certaines obligations d’investissement des plateformes vers l’animation française. Nous espérons que cela contribuera à améliorer la situation. Les plateformes ont souvent tendance à prendre leurs décisions depuis Los Angeles, avec une logique mondiale. Cela peut parfois se faire au détriment des créations locales. Nous avons besoin que les filiales locales continuent d’investir dans les œuvres produites sur leurs territoires.
MEDIA +
Le long métrage occupe une place croissante chez Xilam…
Marc du PONTAVICE
Oui, c’est un axe stratégique majeur pour nous. D’abord parce que le long métrage constitue un formidable terrain d’expérimentation artistique et narrative. Ensuite, parce qu’il représente aussi une forme de réponse aux bouleversements provoqués par l’intelligence artificielle. L’IA peut produire des contenus standardisés à faible coût, mais elle peine encore à développer des univers complexes et singuliers. Le long métrage nous permet justement d’explorer ces territoires où la créativité humaine demeure irremplaçable. C’est une façon de continuer à repousser les limites de notre métier.
MEDIA +
Quelle est la priorité stratégique de Xilam pour les trois prochaines années ?
Marc du PONTAVICE
Notre priorité est simple : continuer à proposer des œuvres très singulières que le marché ne trouve pas ailleurs. Si Xilam a relativement bien traversé la crise de ces dernières années, c’est précisément parce que nous avons misé sur des contenus à forte valeur ajoutée artistique et technique. Nous voulons continuer à créer des œuvres capables de séduire aussi bien les enfants que les adultes. L’enjeu est de démontrer que l’animation la plus créative reste irremplaçable.
LES DIRIGEANTS
Marc du Pontavice
Président
COORDONNEES
57 boulevard de la Villette
75010 Paris
DATE DE CREATION
1999
PRODUCTIONS
«Oggy et les Cafards», «Zig & Sharko», «Les Trois Bricochons»…






























