N. BIANCOLLI (France Télévisions) : «Nous pouvons monter jusqu’à 65% dans le financement d’une coproduction internationale»

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En moins de trois ans, France Télévisions a multiplié les initiatives en matière de coproductions internationales, face à la concurrence de plus en plus exacerbée des plateformes mondiales. En s’associant avec des talents européens et des groupes audiovisuels voisins, le service public français est en mesure de fabriquer des séries à gros budget, avoisinant les 4 M€/épisode. Une initiative ambitieuse qui s’inscrit dans la droite lignée des récentes acquisitions. Tour d’horizon de la stratégie et des projets récemment initiés avec Nathalie BIANCOLLI, Directrice des acquisitions et des coproductions de la fiction internationale de France Télévisions. 

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Combien de coproductions internationales lancez-vous chaque année ?

NATHALIE BIANCOLLI

Nous initions une quinzaine de projets en développement. On en retient généralement cinq chaque année. Depuis deux ans et demi, nous avons produit «Mirage» (6X52’), une série contemporaine aux accents d’espionnage. Nous venons de démarrer le tournage de «Germinal», (6X52’) coproduction avec la RAI, dans le nord de la France, et qui aujourd’hui a une résonnance forte, mais aussi «Big 5» (1X100-10X26’) de Gilles de Maistre. Nous produisons actuellement «Le Tour du monde en 80 jours» (8X60’), un projet d’aventure autour de l’œuvre de Jules Verne, une coproduction de l’Alliance. Cette structure, créée il y a 18 mois à la demande de notre présidente, Delphine Ernotte, est un regroupement audiovisuel 100% européen fondé par France Télévisions, la RAI (Italie) et la ZDF (Allemagne). Tous les deux mois, nous échangeons autour de projets, d’éditorial et de financement. Dans cette lignée, nous venons de lancer la production de la série «Survivors», un drama mystérieux. Toutes les coproductions ne se font pas qu’avec l’Alliance.

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Que recherchez-vous parmi les coproductions ?

NATHALIE BIANCOLLI

Nous nous intéressons à tous les genres : de l’aventure au thriller, de la famille à la science-fiction. Quand il y a des producteurs étrangers dans la boucle, nous essayons d’y intégrer un producteur français. Sur la série «Survivors», initiée par les Italiens, nous y avons intégré Cinétévé pour avoir des talents français au sein même de ces productions. Mais en général, le pays qui initie le projet le mène jusqu’au bout. Sur «Germinal», nous avons intégré un très jeune auteur (Julien Lilti) mais aussi un jeune réalisateur (David Hourrègue) qui a fait la série «SKAM». Le résultat est exceptionnel, le rendu cinématographique est au rendez-vous et il s’agit bien d’un projet Alliance avec la RAI.

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Quelle est la part d’investissement de France Télévisions sur les coproductions internationales ?

NATHALIE BIANCOLLI

Tout dépend des projets et du niveau de financement nécessaire. Nous pouvons monter jusqu’à 65% du financement.

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Pourquoi les séries développées par l’Alliance sont-elles essentiellement «historiques» ?

NATHALIE BIANCOLLI

Non, elles ne le sont pas toutes ! Si nous avons creusé le sillon des séries historiques, c’est parce que nous n’en faisions pas beaucoup. «Le Tour du monde en 80 jours» pourrait nous amener à penser cela mais Jules Verne reste très contemporain. Actuellement en post-production, la série «Leonardo» (8X52’) nous plonge en plein XVIème siècle, lors de l’arrestation du peintre et inventeur Léonard de Vinci à Florence. Écrite par le showrunner Frank Sponitz («X-Files»), elle a été produite par Lux Vide à destination de la Rai. Nous en avons acquis les droits.  Au-delà des séries historiques, nous faisons aussi plein d’autres choses. C’est le cas de «La Jeune fille et la nuit» (6X52’) d’après le roman de Guillaume Musso. Nous avons bouclé le financement et la série va partir en production rapidement avec Make It Happen Studio. Il s’agit d’une série Alliance avec une histoire qui a deux temporalités tout en étant très contemporaine. Je peux aussi vous citer «The Swarm» (8X52), que j’ai annoncée à La Rochelle, une série science-fiction.

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Quelle originalité recherchez-vous parmi les projets ?

NATHALIE BIANCOLLI

Chacune de nos séries repose sur un personnage précis pour raconter l’histoire. Sur la série «Qui a tué Lady di ?» (6X52’ – UGC), on s’intéresse à Martine Monteil, la première femme à la tête du «36», en charge de mener l’enquête sur l’accident mortel de Diana.

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L’idée est-elle d’avoir des productions dignes des plateformes internationales ?

NATHALIE BIANCOLLI

Oui, je l’espère ! Quand on produit des séries à 4 M€ l’épisode, nous sommes aussi en compétition avec les studios US. «Le Tour du monde en 80 jours», avec son casting international (David Tennant, Ibrahim Koma, Leonie Benesch,…) a été vendue et pré-vendue dans le monde entier, auprès de chaînes publiques.

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Quelles sont vos dernières acquisitions pour France Télévisions?

NATHALIE BIANCOLLI

En diffusion à partir du 16 novembre sur France 2, la série «Bodyguard» (Netflix). Sur le volet acquisition, on renouvelle les achats sur «Les enquêtes de Vera», «Les enquêtes de Murdoch» et «Agatha Raisin» pour la case policière du dimanche soir sur France 3 et bien d’autres surprises à venir.

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Face à la profusion de contenus sur le marché, la veille doit être permanente. Qu’est-ce qui a retenu votre attention ?  

NATHALIE BIANCOLLI

Le marché américain n’est pas en bonne position. Pour diverses raisons, il y a de moins en moins de séries US sur les chaînes aujourd’hui. Les studios hollywoodiens ont produit d’ailleurs davantage pour les plateformes ou des séries plus feuilletonnantes. A France Télévisions, nous avons misé très vite sur l’Europe, en œuvrant notamment avec les Anglais. Sur le marché international, il y a beaucoup de séries diffusées sur des plateformes payantes. Il y a sûrement un tournant à prendre et des tests à faire sur des thématiques de genres à acquérir. Et même s’il y a une profusion de contenus, chacun produit pour sa chaîne avec un public donné. Par exemple, une superproduction espagnole en noir et blanc, «Arde Madrid», connaît une diffusion sur France.tv car sa diffusion linéaire n’était pas envisagée en France, et elle a trouvé son public.