Qwant : le nouveau président juge «prioritaire» l’indépendance vis-à-vis à Microsoft

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Le nouveau président du moteur de recherche français Qwant, Jean-Claude Ghinozzi, juge «prioritaire» la recherche de l’indépendance vis-à-vis de Microsoft, qui fournit encore une partie des résultats des requêtes des internautes sur Qwant. Aujourd’hui Qwant revendique de «délivrer plus de 70% de résultats» de recherche sur la base de ses propres index et algorithmes, si l’on inclut à la fois les recherches sur le web (les sites internet), les réseaux sociaux, les images, les vidéos et les actualités, affirme le nouveau PDG. Si l’on ne considère que les recherches sur le web, Qwant «a aujourd’hui dépassé la barre des 50%» et la proportion continue de monter, selon lui. Bing, le moteur de recherche de Microsoft, fournit les résultats que Qwant ne peut encore apporter. Il ne peut toutefois tracer les utilisateurs de Qwant, puisque le moteur de recherche français ne garde pas les données de ses utilisateurs. Qwant a reçu un brevet d’indépendance et de respect de la vie privée la semaine dernière, avec la décision de l’Etat d’en faire son moteur de recherche par défaut pour tous les ordinateurs et smartphones professionnels des fonctionnaires. Mais la persistance d’une dépendance partielle à un moteur américain pour son activité de base – la recherche sur la toile – affaiblit son identité «souveraine», et suscite encore la méfiance de certains internautes. Une autre grande priorité de M. Ghinozzi est de parvenir à augmenter les recettes commerciales, le talon d’Achille du moteur de recherche français, dont le c.a. 2019 est resté sous la barre de la dizaine de millions d’euros, alors qu’il emploie 150 salariés. Le nouveau patron de Qwant veut parvenir à «augmenter de manière très sensible» le nombre d’utilisateurs, en France mais aussi notamment en Allemagne et en Italie. Il veut aussi continuer à élargir les revenus au-delà de la simple vente de publicités liées à la requête de l’internaute. Qwant a ainsi commencé à développer une forme de commerce en ligne: l’internaute qui lance une recherche sur le mot «ballon de foot» voit s’afficher sur un coin d’écran des propositions de sites marchands partenaires pour des ballons ou des articles liés au foot- mais toujours sans aucun profilage individualisé. «A terme et très rapidement, on devrait avoir au minima entre 10 et 15% de nos revenus qui provient de cette activité «shopping»», estime M. Ghinozzi, qui souligne que le c.a. global de Qwant a doublé en 2019 par rapport à 2018. Au final, «j’espère qu’on pourra être à l’équilibre d’ici 18 à 24 mois, mais cela dépendra toujours des investissements technologiques et des choix stratégiques que l’on fera», indique-t-il. En tout cas, le positionnement «zéro profilage» de Qwant correspond à une tendance de fond sur internet, estime Jean-Claude Ghizzoni. «Il y a une prise de conscience des entreprises, du public, des organes gouvernementaux, qu’il peut et qu’il doit y avoir une publicité sans tracking (NDLR enregistrement de tous les faits et gestes de l’internaute par les régies publicitaires), sans cookies (traceurs ou mouchards imposés par les sites internet)», estime-t-il. «Nous estimons que dans les 5 prochaines années», «10 à 15% du marché publicitaire» de la recherche sur internet (le «search», dans le jargon professionnel) reviendra à des outils sans profilage, déclare-t-il. Qwant a été fondé en 2013 par son dirigeant historique Eric Leandri et des partenaires privés, rejoints plus tard par le groupe de médias allemand Axel Springer puis la Caisse des dépôts. Ces deux groupes viennent d’accepter de remettre au pot, environ une dizaine de millions d’euros. Le marché des moteurs de recherche est dominé à plus de 90% par le géant Google. Qwant estime sa part du marché français des moteurs de recherche à plus de 4%, mais les sites Statscounter et Similar Web lui attribuent des parts de marché inférieures, autour de 1%.