R. KAPLAN (ARTE) : «On vise à toucher un nouveau public à la fois plus jeune, plus large et plus diversifié en matière d’information»

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Dès maintenant et jusqu’en juin 2024, ARTE met en place un dispositif d’envergure autour des élections européennes. Fidèle à sa mission, la chaîne franco-allemande s’attache au fil des semaines qui précèdent le scrutin à éclairer ses enjeux à travers une vaste programmation, alliant reportage, documentaires, analyses et immersion au cœur de la création européenne. Entretien avec Renée KAPLAN, Directrice de l’information d’ARTE.

Comment avez-vous imaginé le dispositif «Europe 2024» autour des élections européennes sur ARTE ?

Notre dispositif est structuré autour de trois éléments clés. Premièrement, nous visons à créer un espace de conversation assez unique. En tant que chaîne européenne, nous adoptons une approche humaniste, particulièrement pertinente dans un contexte de polarisation et de montée du nationalisme. Notre objectif est de refléter les expériences et les perspectives quotidiennes des Européens. Deuxièmement, en tant que chaîne publique européenne, nous avons la responsabilité d’analyser et de clarifier le discours politique, tout en offrant un espace pour discuter de sujets cruciaux tels que la migration, le climat, la guerre, l’économie et les questions d’identité. Ainsi, nous mettons en place des émissions et des débats, invitant des experts et des acteurs clés à partager leurs points de vue. Enfin, notre défi est de fédérer une communauté européenne diversifiée, en tenant compte des différents pays de diffusion et des multiples langues offertes, comme l’espagnol, le polonais et l’anglais. Sachant que les enjeux varient d’un pays européen à l’autre, nous nous efforçons d’apporter diverses perspectives au débat public. Nous nous appuyons sur notre expertise journalistique et sur un réseau de correspondants pour produire des reportages de fond et assurer une présence sur le terrain.

Comment avez-vous structuré vos rendez-vous d’information ?

La stratégie repose sur trois temps d’information à la fois différents et complémentaires. Ils visent des publics distincts à travers le linéaire et les plateformes. Nous valorisons le format long à travers des documentaires inédits. Sur le temps moyen, nous proposons un éclairage avec des reportages de terrain et du décryptage. Dans cette optique, nous avons mis en place en partenariat avec BVA un sondage qui vise à refléter les préoccupations actuelles des Européens issus de tous les 27 pays. Ces données seront ensuite analysées et présentées dans nos programmes. Enfin, le temps court de l’information apparaît dans «ARTE Journal» et ses déclinaisons sur arte.tv et les réseaux sociaux

Quels types de documentaires amenez-vous à l’antenne ?

Six documentaires THEMA mettront en lumière les aspects de l’Europe lors de deux soirées spéciales, les 30 avril et 4 juin. Au programme notamment, «Au cœur de la diplomatie européenne» (52’) qui donne une entrée exclusive dans les coulisses de la diplomatie depuis 25 ans et de son rôle dans des événements historiques majeurs.

Quels sont vos objectifs ?

Servir notre public fidèle sur le linéaire et toucher un nouveau public à la fois plus jeune, plus large et plus diversifié à travers différents vecteurs. C’est le challenge que l’on entreprend avec la rédaction d’une centaine de journalistes à Strasbourg et nos trois bureaux à Paris, Berlin et Bruxelles. Nous allons bientôt lancer un nouveau compte Instagram, @arteinfo avec une programmation dédiée : carrousels de décryptage, débunking et reportages de terrain.

Vous dites vouloir «toucher un public plus jeune, plus large, plus diversifié». Un défi quand on sait que l’âge moyen du téléspectateur du journal d’ARTE est de 64 ans…

Notez bien qu’il s’agit de la moyenne d’âge du linéaire. Pour toucher un public européen plus jeune autour de sujets complexes, nous déclinons, adaptons et recontextualisons le contenu pour qu’il soit plus accessible et engageant pour les jeunes audiences. Cela implique des écritures et des formats adaptés aux plateformes digitales. En complément de cette stratégie, nous avons des initiatives telles que «ARTE Europe L’Hebdo», un magazine web diffusé sur arte.tv et YouTube en huit langues. Ce programme vise à aborder des questions d’actualité qui concernent tous les Européens, de toutes générations. Ces efforts illustrent notre engagement à fournir du contenu pertinent et instructif, adapté aux préférences de consommation des jeunes européens, tout en favorisant une meilleure compréhension des enjeux contemporains.

Le rapport du public à la consommation de l’info change-t-il ?

Nous observons une résistance croissante à l’information. Cette tendance est attribuable à plusieurs facteurs, notamment à la complexité des enjeux de notre époque et à la nature souvent anxiogène de l’information, couvrant des domaines aussi variés que le changement climatique, les conflits armés, la migration, et les questions d’identité. Des études documentées montrent que les jeunes, en particulier, consultent de moins en moins les médias traditionnels pour s’informer. Ils tendent plutôt à s’appuyer sur leurs réseaux personnels et à créer leurs propres filtres d’information, principalement à travers les plateformes et les médias sociaux. Ce phénomène conduit à la formation de «bulles d’information», où les individus sont exposés à des perspectives uniformes.

Comment gérez-vous les défis et opportunités de la production de l’information dans un contexte multiculturel et multilingue ?

ARTE vise à créer une information qui dépasse les frontières, en adoptant une approche européenne et mondiale. L’objectif est de trouver ce qui est pertinent bien au-delà des limites de notre propre culture, langue et pays. Pour y parvenir, l’équipe éditoriale engage des discussions pour identifier des sujets d’importance qui expliquent les enjeux mondiaux tout en restant ancrés dans une perspective qui transcende le local.