Radio France: la nouvelle vague remonte le courant de Dominique A à l’occasion de l’Hyper Weekend Festival

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«Intemporel», «singularité», «élégance»: les nouvelles voix Aloïse Sauvage, Noé Preszow et Terrenoire évoquent Dominique A, invitées à revisiter son répertoire à l’occasion de l’Hyper Weekend Festival de Radio France. En 2022, on fête les 30 ans de «La fossette», album fondateur de Dominique A, qui a déverrouillé la chanson française et poussé à se lancer tant d’auteurs-interprètes (à commencer par Miossec, autre franc-tireur). ««La fossette», c’est un choc. Cet album redessine tellement les contours de la chanson française de façon radicale… Au moment de fêter les 30 ans du disque, je me suis demandé comment la jeune génération regarde et écoute Dominique A», raconte Didier Varrod, directeur musical des antennes de Radio France. La Maison de la Radio et de la Musique (nouveau nom de la Maison de la Radio) a donc convié des talents émergents (Barbara Pravi, Clara Ysé, Crystal Murray, Silly Boy Blue, Terrier ou encore Tim Dup, outre ceux déjà cités) à s’approprier des titres de l’artiste. Ce sera un des shows de l’Hyper Weekend, premier festival de musiques actuelles de Radio France (de vendredi à dimanche). «Dominique A a changé ma vie quand j’avais 16 ans, je connais tout son répertoire sur le bout des doigts», avoue d’emblée le Belge Noé Preszow, repéré en 2021 avec son premier disque «A nous». Pour décrire cette figure de son panthéon, il cite pêle-mêle sa «singularité», «son regard sur le monde», «sa droiture». Aloïse Sauvage, remarquée avec «Dévorantes» (son premier album en 2020), salue pour sa part un côté «intemporel» et une capacité à toucher «d’autres intimités» à partir d’un «propos personnel». «Elégance, classe» sont les mots qui viennent à Théo Herrerias, du duo Terrenoire, nommé aux Victoires de la musique dans la catégorie révélation, dans le sillage d’un premier album, «Les forces contraires» (2020). Son frère Raphaël, l’autre moitié du groupe, parle «d’un artiste qui rentre dans la vie des gens avec délicatesse, qui nage à côté du courant». Les méthodes d’enregistrement «non-conventionnelles» de Dominique A, notables dans la production minimaliste de «La fossette», ont résonné chez Noé Preszow. «Je bricolais de la musique dans ma chambre depuis l’âge de 13 ans, et je me suis dit «on peut faire des disques comme ça !»». Avant de passer de l’autre côté de la barrière, le Belge fut un spectateur assidu des concerts de Dominique A. «J’attendais à la fin pour le voir mais je ne suis pas le «relou» (lourd) qui veut lui parler des heures. Je lui remettais une lettre ou, quand il arrivait, je le saluais et je m’en allais». «On a eu a la chance de faire la première partie de Dominique A à Pleyel», rappelle Raphaël Herrerias, qui avait découvert cet artiste «lors d’une performance entre punk et poète», dans une émission de télé de fin de soirée quand il était gamin. Avant de tomber plus tard «dans ses mots et son écriture». «On parle beaucoup de déconstruction aujourd’hui, Dominique A l’a toujours fait dans sa carrière. Il n’a jamais cessé de se remettre en question, en avance sur son temps», met en exergue Théo. «Il n’y a pas d’injonction à un chant puissant, à la virilité, il accepte la fragilité dans «La fossette»», rebondit Raphaël. «Sa façon de déclamer permet de s’accrocher aux mots», souligne Aloïse Sauvage, qui est aussi actrice (dans «Placés», sorti récemment au cinéma, ou dans les séries «Possessions», «Stalk» ou «H24»). Ecouter du Dominique A ramène la chanteuse à «la base, l’importance de s’exprimer sans fioriture».