Séries Mania : contre la puissance de feu de Netflix, les chaînes de tv organisent la riposte

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Au festival Séries Mania, la puissance de feu déployée par Netflix oblige les chaînes de télévision à organiser la riposte: s’allier ponctuellement avec le géant américain comme l’a annoncé TF1 ou s’armer contre lui comme le fait France Télévisions en multipliant les projets avec ses partenaires européens. L’alliance est inédite : Netflix pré-finance la série événement de TF1, «Le Bazar de la Charité», une série en costumes basée sur des faits réels, l’incendie de ce bâtiment à la fin du XIXe siècle, en échange de droits de diffusion exclusifs dans le reste du monde pour 4 ans. L’annonce est intervenue alors que le patron des contenus de Netflix Ted Sarandos a donné mercredi au festival Séries Mania une conférence croisée avec deux des stars de la plateforme, les auteurs de la série à succès «Black Mirror». «Nous investissons 1 milliard de dollars dans les contenus européens et nous avons lancé 15 productions originales en France. Notre ambition n’a jamais été d’exporter Hollywood dans le reste du monde. La France dispose d’incroyables talents et d’une tradition pour raconter les histoires», a salué le dirigeant. Sans aborder l’épineux sujet du Festival de Cannes, il a rappelé son «attachement au cinéma», et estimé que «les gens font de moins en moins la différence entre la télévision et le cinéma, la créativité se mêle et le cinéma infuse de plus en plus à la télévision». Si l’intérêt de Netflix pour les contenus locaux est également lié à la législation européenne qui impose des quotas aux plateformes, il vient aussi de la baisse d’intérêt du public pour les productions américaines (-27% d’audience en Europe en 2018 selon Eurodata). Avec TF1, «l’accord atypique en amont démontre que nous pouvons trouver des systèmes ingénieux de financement pour faire briller l’excellence française tout en ravissant nos membres dans 190 pays», souligne Ted Sarandos. Un montage qui intéresse aussi le patron de M6, Nicolas de Tavernost, qui a indiqué à Séries Mania avoir «4 ou 5 projets de ce type avec des plateformes», sans plus de détails. TF1 comme M6 sont alliées à France Télévisions dans le projet de plateforme vidéo Salto, en attente d’une autorisation de l’Autorité de la concurrence. «A l’instar de la BBC et ITV outre-Manche, de ce que préparent les diffuseurs en Allemagne», ce projet est «une réponse évidente, locale et française à l’offensive des plateformes mondialisées», selon le directeur délégué à l’antenne de France Télé, Takis Candilis. La parade du groupe public dont les budgets sont sans commune mesure avec ceux des plateformes ? Les coproductions européennes, avec ses alliés la Rai et la ZDF notamment, et miser sur les adaptations littéraires et le patrimoine européen. De premiers projets d’envergure vont voir le jour : une adaptation du classique de Jules Verne «Le Tour du monde en 80 jours», tourné en anglais avec notamment le jeune acteur et humoriste Ahmed Sylla, ou une série sur Léonard de Vinci, «Leonardo», co-écrite par l’Américain Frank Spotnitz. Chaque épisode coûte «un peu plus de 3 millions d’euros, plus que ce qu’on fait d’habitude», indique le responsable de France Télé, et la stratégie de l’équipe de production est de ne pas vendre aux plateformes mais aux diffuseurs nationaux. Des projets de coproductions pour adapter en série le classique de Zola «Germinal», et «La jeune fille et la nuit» de Guillaume Musso sont également en cours. France Télé accélère aussi la production de séries destinées uniquement au numérique, et prépare notamment une adaptation du roman de Michel Houellebecq «Les Particules élémentaires» et diffuse bientôt une comédie politique sur le Brexit, «Parlement». Le groupe y consacre un budget de 8 millions d’euros par an (hors projet Houellebecq), qui devrait augmenter.