Sky ECC : fin des investigations françaises sur la messagerie cryptée

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Le juge chargé de l’enquête française sur la commercialisation de la messagerie cryptée Sky ECC, utilisée notamment par des narcotrafiquants, a terminé ses investigations, après avoir mis en examen un distributeur canadien et des revendeurs, a-t-on appris ce jeudi 23 mai de source proche du dossier.

Le patron canadien de la maison-mère Sky Global, sise à Vancouver dans l’ouest du pays, Jean-François Eap, âgé de 39 ans, est lui visé par un mandat de recherche émis en 2021.

Depuis plus de quatre ans, un magistrat instructeur de la Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée (Junalco), basée à Paris, enquête sur l’entreprise canadienne qui a lancé cette application dont le déchiffrage a permis l’ouverture d’autres enquêtes, ayant mené au démantèlement de plusieurs cartels et réseaux de trafiquants à travers l’Europe.

Le décryptage du système en 2019 par une équipe d’enquêteurs belges, néerlandais et français leur a donné un accès inédit aux pratiques des groupes criminels les plus dangereux.

Pour les enquêteurs européens, l’application commercialisée depuis 2013 par Sky Global, qui revendiquait fin 2020 300.000 utilisateurs dans le monde, était «vendue intentionnellement à des fins criminelles», selon des éléments de l’enquête. Une thèse que conteste la défense. Installée sur des téléphones classiques achetés de la main à la main, en espèces et à des tarifs prohibitifs (jusqu’à plus de 2.000 euros les six mois), elle permettait, avec ses quatre couches de chiffrement, d’échanger de façon sécurisée et anonyme.

L’information judiciaire est ouverte notamment pour association de malfaiteurs en vue de l’importation de produits stupéfiants commise en bande organisée, fourniture de prestations de cryptologie visant à assurer des fonctions de confidentialité sans déclaration conforme, et blanchiment d’importation de produits stupéfiants.

Treize personnes sont mises en examen et 18 mandats d’arrêt ont été émis, selon une source proche du dossier.

Une seule est en détention provisoire depuis 2021: Thomas Herdman, un Canadien de 63 ans, considéré par les enquêteurs comme un des principaux distributeurs de l’application, ce qu’il conteste.

«La thèse d’une solution cryptée créée sur mesure par le crime pour le crime est très sérieusement ébranlée par une autre thèse, celle d’une infiltration à l’insu de cette société d’une clientèle criminelle», soutiennent ses avocats Me Philippe Ohayon et Paul Sin-Chan.

Soulignant «le refus des Canadiens de coopérer», ils affirment qu’il existe «un manque total de preuve pour démontrer que cette solution cryptée a volontairement été vendue à des criminels», et qu’il n’a pas été «possible de démontrer le moindre pacte entre Thomas Herdman et le crime».