Avec «Les Années Collège» le 22 février sur M6 à 21h10, Nova Production signe un documentaire immersif tourné sur 4 ans, au plus près du quotidien d’adolescents. Thomas Zribi revient sur la genèse de ce projet ambitieux et sur la ligne éditoriale profondément humaniste de la société.
MEDIA +
«Les Années Collège» suit sept adolescents pendant 4 ans, un dispositif documentaire rare à la télévision. Comment avez-vous convaincu un diffuseur de s’engager dans un temps de production aussi long ?
Thomas ZRIBI
J’ai l’habitude de dire que c’était sans doute le pire pitch que j’aie jamais fait ! Nous avons proposé à M6 de filmer des enfants «normaux» dans un collège public tout aussi normal, sur une très longue période. À rebours des documentaires centrés sur des profils exceptionnels, nous voulions raconter la normalité, celle que nous avons tous connue. Deux responsables de la chaîne de l’époque, Bertrand Deveaud et Jonathan Curiel, ont immédiatement été séduits et nous ont suivis dans ce pari. Nous avons ensuite tourné près de 200 jours, soit environ 1.500 heures de rushs. Bethsabée Zarka, la réalisatrice, revenait chaque mois pour maintenir un lien constant avec les adolescents. Ce tournage au long cours nous a permis de ne retenir que les moments les plus forts et de capter, au fil du temps, l’impact de l’actualité sur leurs trajectoires.
MEDIA +
Comment s’opère le travail de narration pour transformer cette matière brute en récit ?
Thomas ZRIBI
Cela repose d’abord sur un travail de montage considérable, engagé dès le début du projet. Chaque année, la réalisatrice consacrait plusieurs semaines à présélectionner les séquences les plus puissantes. À l’issue du tournage, nous disposions déjà d’une base très solide – une sorte d’«ours» de plusieurs heures – à partir de laquelle nous avons construit un film de deux heures. Condenser 4 ans de vie en un seul récit est évidemment un défi. Nous avons donc choisi de nous concentrer sur les trajectoires individuelles, en laissant apparaître leur cohérence naturelle.
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Quelle est votre responsabilité éthique lorsqu’on filme des mineurs sur la durée ?
Thomas ZRIBI
La responsabilité éthique a été centrale, et je tiens à souligner le travail de longue haleine de la réalisatrice. Elle a entretenu un lien quasi permanent avec les enfants et leurs parents, d’abord pour comprendre ce qu’ils vivaient, mais aussi pour s’assurer que tout allait bien et que nous pouvions aborder certains sujets. Nous avons été extrêmement vigilants à ce que les adolescents soient toujours mis en valeur, jamais dénigrés ni moqués. Lorsque vous voyez le film, il n’y a pas un seul instant où un enfant paraît ridicule, bête ou méchant. Tout repose sur une relation de confiance construite avec les familles.
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Nova Production s’est imposée sur des terrains très variés. Quelle est votre ligne éditoriale ?
Thomas ZRIBI
Dire que nous racontons des histoires humaines serait un peu facile. Toutes les sociétés de production pourraient en dire autant. J’évoquerais plutôt une volonté profondément humaniste : traiter des sujets qui prennent aussi le parti des plus fragiles. Nous avons consacré de nombreux films aux migrants, aux victimes de discriminations ou d’injustices. Parallèlement, nous développons davantage de documentaires historiques autour de grandes figures comme Simone Veil ou Robert Badinter, toujours avec ce fil conducteur. Mais nous savons aussi cultiver une forme de légèreté avec des sujets culturels, artistiques ou des portraits inspirants. À l’origine, avec mes deux autres associés Caroline du Saint et Cyprien d’Haese, nous venons de l’agence Capa : notre ADN reste donc le grand reportage et la géopolitique internationale. Néanmoins, nous avons élargi ce socle vers des récits plus incarnés et plus proches des gens.
MEDIA +
Les producteurs doivent-ils désormais penser leurs projets dans une logique «streaming first» ?
Thomas ZRIBI
Tout dépend du diffuseur. Des groupes comme Arte ou France Télévisions disposent désormais de cases strictement numériques, ce qui ouvre la voie à des projets conçus uniquement pour ces environnements. Nous venons par exemple d’achever «Le son dans mes veines», une série de portraits face caméra enrichis d’animation, tournée en vertical pour les réseaux sociaux d’Arte. L’arrivée des plateformes a profondément transformé la manière de raconter les documentaires et nous pousse à repenser nos formats. Nous l’avions déjà expérimenté avec «Le Parfum d’Irak», une série animée de très courts épisodes retraçant quarante ans d’histoire à travers des micro-récits. Aujourd’hui, cette diversité de formats et de fenêtres est extrêmement stimulante.
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Quels sont vos axes de développement ?
Thomas ZRIBI
Depuis 2 ans, nous connaissons une forte dynamique autour des films historiques, que nous abordons avec des outils narratifs renouvelés, notamment grâce à l’animation. Nous voulons également poursuivre notre travail autour des portraits et des grandes histoires humaines. Par ailleurs, nous souhaitons revenir davantage au magazine et à l’actualité, retrouver une capacité à produire des films en un ou deux mois. Plusieurs séries sont déjà en cours d’écriture, ainsi que des projets internationaux. Et surtout, nous voulons continuer à collaborer avec tous les diffuseurs : cette diversité reste essentielle pour nous.
LES DIRIGEANTS
Emmanuel Hoog
DG
COORDONNEES
10-12, rue Maurice Grimaud
75018 Paris
DATE DE CREATION
1982
PRODUCTIONS
«Les années collège» (M6), «World’s most wanted» (Netflix)…



































