T. DEMOURES (Wimi) : «On ne dépend pas de technologies américaines.»

T. DEMOURES (Wimi) : «On ne dépend pas de technologies américaines.»

Dans un contexte géopolitique tendu et face à la domination écrasante des géants américains du numérique, la question de la souveraineté digitale s’impose comme un enjeu stratégique majeur. Timothée Demoures, Chief of Staff chez Wimi, défend une vision claire : reprendre le contrôle de nos outils collaboratifs pour protéger les données, la résilience des entreprises et, à terme, l’indépendance économique française.

Pour ceux qui ne connaissent pas encore Wimi, de quoi s’agit-il concrètement ?

 Wimi est une suite collaborative souveraine et sécurisée, pensée comme une alternative à Microsoft Office 365 ou Google Workspace. Concrètement, c’est l’outil que les entreprises utilisent au quotidien pour travailler ensemble : gérer des projets, partager des documents, coordonner des équipes. Ces solutions américaines sont très performantes, personne ne le conteste. Leur grand défaut, en revanche, c’est qu’elles sont américaines. Cela signifie que les données des entreprises françaises y sont exposées à des risques d’interception par les services américains, ce qui peut fragiliser la pérennité même des organisations. Et lorsqu’on parle du secteur public, l’enjeu est encore plus sensible : ce sont les données des citoyens, des informations stratégiques liées aux décisions de l’État, qui peuvent être exposées. Dans un contexte de tensions internationales, comme celui que nous vivons en janvier 2026, cela peut clairement peser dans un rapport de force.

Face à des leaders mondiaux comme Microsoft ou Google, comment peut-on réellement peser ?

 On peut peser de plusieurs façons. D’abord, en proposant un produit de qualité. Être français, c’est bien, mais faire de bons produits, c’est mieux. C’est une valeur que nous partageons totalement avec Origine France Garantie qui lance son label Numérique France Garantie. Ensuite, il faut garantir ce que nous appelons une triple souveraineté numérique.

Pouvez-vous nous expliquer ce que recouvre cette notion de triple souveraineté ?

La première, c’est la souveraineté des données. Les données doivent être hébergées en France et surtout ne pas être soumises au droit extraterritorial américain. Car héberger ses données en France chez Microsoft, par exemple, ne change rien : le droit américain s’applique. La localisation ne suffit pas. Ce qui compte, c’est la nationalité de l’entreprise, de ses dirigeants et des personnes ayant accès aux données. Un citoyen américain a un devoir d’obéissance envers l’État américain : s’il reçoit une demande, il doit transmettre les données. C’est un point souvent ignoré, mais absolument fondamental.

Quelle est la deuxième dimension de cette souveraineté ?

La souveraineté opérationnelle. Elle concerne la gouvernance de l’entreprise : à qui appartient-elle ? À qui rendent des comptes les dirigeants ? Si une société dépend d’actionnaires extra-européens, elle peut être amenée à prendre des décisions contraires à l’intérêt national, parfois sous contrainte.

Et la troisième ?

La souveraineté technologique. C’est le degré de dépendance vis-à-vis de technologies extra-européennes. Une entreprise peut très bien cocher les deux premières cases – être française, héberger ses données en France – tout en reposant entièrement sur des briques technologiques américaines. Dans ce cas, le jour où, pour des raisons politiques, les mises à jour sont bloquées, la solution devient rapidement inutilisable. Une solution numérique non maintenue ne fonctionne plus.

C’est là que Wimi se différencie ?

Exactement. Wimi ne dépend pas de technologies américaines. Si, demain, «les robinets sont coupés», nous continuons de fonctionner. Pour nos clients, c’est une garantie essentielle : leur entreprise peut traverser des crises, des cycles de tensions, parfois longs. Nous sommes entrés dans un rapport de force avec les États-Unis qui ne date pas d’hier mais qui est désormais assumé. Si nous parvenons à maintenir nos solutions, à les développer, nous renforçons la résilience de nos entreprises, de notre industrie, de l’emploi et, au final, du modèle français. Wimi se distingue aussi par sa qualification de cybersécurité SecNumCloud (ANSSI) en cours, et ses partenariats stratégiques avec ATOS (Grands Groupes), THALES (Secteur Défense), et DOCAPOSTE (Collectivités et TPE/PME).

Quelle est aujourd’hui votre part de marché en France ?

Elle est encore très faible. Le marché est dominé à 90 % par Google et Microsoft : environ 80 % pour Microsoft, 10 % pour Google, et les autres acteurs se partagent les 10 % restants. Notre enjeu n’est donc pas d’abord la part de marché, mais la protection des projets et des organisations les plus sensibles, qu’il s’agisse de PME, de grands groupes ou d’acteurs de la Défense.

Pouvez-vous citer quelques références ?

Aujourd’hui, nous travaillons notamment avec plusieurs ministères, comme le ministère de l’Économie. Tous les conseils d’administration des participations de l’État se tiennent sur Wimi. Nous accompagnons également l’Assemblée nationale – députés et collaborateurs parlementaires -, des fonds d’investissement, et même la Fédération française de rugby. Le sport peut surprendre, mais c’est un univers extrêmement compétitif, avec des données très sensibles. Nous sommes partenaires de la Fédération depuis longtemps.

Quel est le coût pour une entreprise ?

Nous sommes entre 12 et 18 € par salarié et par mois. Tout ce qui concerne les utilisateurs externes est gratuit. Cela représente généralement un coût trois à quatre fois inférieur aux solutions américaines. C’est donc aussi un argument économique fort.

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