Telefonica dans le rouge

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Le géant espagnol des télécoms Telefonica a essuyé une lourde perte l’an dernier, en raison du coût d’un plan social visant à renforcer sa rentabilité dans un contexte de concurrence accrue après la fusion d’Orange et de MasMovil. Présent dans 12 pays, dont le Brésil, l’Allemagne et le Royaume-Uni, le groupe a annoncé jeudi avoir perdu au total 892 millions d’euros, loin des deux milliards d’euros de bénéfice net dégagés en 2022. Cette perte nette s’explique par «la provision» réalisée «pour le plan de restructuration» lancé ces derniers mois chez «Telefonica Espagne», mais aussi par une «dépréciation» de la valeur de sa «filiale britannique Virgin Media O2» (VMO2), a-t-il expliqué. Le groupe présidé par José María Álvarez-Pallete précise avoir mis de côté 1,3 milliard d’euros durant le 4ème trimestre pour financer ce plan social, et avoir revu à la baisse de 1,79 milliard les actifs de VMO2, qu’il détient à parts égales avec Virgin Media. Sans ces éléments extraordinaires, Telefonica, qui a vu entrer récemment à son capital le groupe saoudien STC et l’Etat espagnol, soucieux de protéger ce groupe stratégique, aurait dégagé un bénéfice net de 2,37 milliards d’euros. C’est «17,1% de plus qu’en 2022», insiste l’opérateur historique espagnol, qui assure avoir atteint l’an dernier «tous ses objectifs financiers». Le c.a. du géant des télécoms s’est ainsi élevé à 40,65 milliards, soit 1,6% de plus qu’en 2022. Près de 27% de ces revenus ont été engrangés en Espagne, contre 21% au Brésil, 18% en Allemagne, 13% au Royaume-Uni et 18% dans le reste de l’Amérique latine. Le revenu brut d’exploitation de l’entreprise s’est lui hissé à 13,12 milliards, soit 1,4% de plus qu’en 2022, à la faveur notamment d’une légère croissance en Espagne – «la 1ère depuis 2019». Le groupe «continue de suivre sa feuille de route» malgré «l’incertitude macroéconomique mondiale», avec «l’ambition et la détermination nécessaires pour achever le processus de transformation opérationnelle engagé en 2016», a souligné, dans le communiqué du groupe, José María Álvarez-Pallete. Telefonica a engagé voilà quelques années un important virage stratégique afin de se recentrer sur ses quatre principaux marchés (Espagne, Allemagne, Royaume-Uni et Brésil). Cette stratégie doit lui permettre de renforcer sa rentabilité et de réduire sa dette. Cette dernière a déjà fortement reculé, passant de 50 milliards d’euros en 2016 à 27,35 milliards fin 2023. Mais elle reste trop élevée au vu de la capitalisation de l’entreprise, de l’ordre de 21,5 milliards d’euros, contre 110 milliards en 2008. Le groupe a annoncé pour cette raison un nouveau plan de restructuration en décembre, qui va se traduire par près de 3.400 suppressions de postes parmi les 16.500 du groupe en Espagne. L’objectif affiché est d’améliorer les flux de trésorerie de l’entreprise, chahutée sur les marchés. Ces résultats surviennent alors que Telefonica s’apprête à affronter une concurrence accrue sur le marché espagnol, en raison de l’accord de fusion conclu entre l’opérateur français Orange et l’opérateur espagnol MasMovil, actuellement numéro 4 dans le pays. Cette fusion, annoncée à l’été 2022, et qui a reçu mardi le feu vert de la Commission européenne, doit donner naissance au numéro deux des télécoms en Espagne derrière Telefonica qui pourrait se voir un peu plus fragilisé. Pour répondre aux préoccupations de Bruxelles, Orange et MasMovil se sont en effet engagés à céder certaines fréquences à Digi, un opérateur virtuel concurrent qui sera ainsi en mesure de construire son propre réseau mobile. Par ailleurs, Digi pourra bénéficier d’un accord d’itinérance lui permettant d’utiliser en complément le réseau d’Orange/MasMovil. Cet accord reste néanmoins facultatif, Digi conservant la possibilité de rester avec son fournisseur actuel, Telefonica. Dans ce contexte, «les perspectives futures de Telefonica ne sont pas très bonnes», souligne Javier Cabrera, analyste chez XTB.