Tim: Vivendi et Elliott se disputent le contrôle

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Vivendi et le fonds américain Elliott se disputeront vendredi le contrôle du conseil d’administration de Telecom Italia (Tim), lors d’une AG qui s’annonce longue et agitée, et se révélera cruciale pour la stratégie du groupe français en Italie. Vivendi, principal actionnaire de Tim avec 23,9% de son capital, et Elliott, qui en détient 9,19%, sont engagés dans un bras de fer depuis plusieurs semaines. Le fonds activiste dénonce la «mauvaise gestion» du groupe français qui agit, selon lui, en faveur de ses propres intérêts et non de ceux de l’ensemble des actionnaires de Tim. Alors qu’Elliott avait initialement demandé la révocation de six membres du CA proches de Vivendi et leur remplacement par des personnalités indépendantes, Vivendi a déclenché des démissions en bloc, provoquant une AG pour le renouvellement complet du conseil. C’est donc projet contre projet et liste contre liste qu’Elliott et Vivendi s’affronteront devant les actionnaires réunis vendredi à Rozzano, dans la banlieue de Milan. La participation devrait être importante, autour de 65% du capital selon les médias italiens, qui estiment que plus celle-ci sera élevée, plus les chances d’Elliott sont importantes. Le fonds, qui juge qu’un CA «indépendant est nécessaire pour améliorer la gouvernance et performance de Tim», propose dix candidats connus du monde italien des affaires, dont Luigi Gubitosi, actuel administrateur d’Alitalia, et Fulvio Conti, ex-DG d’Enel. Son ambition: remporter les 2/3 du CA, composé de 15 membres, et mettre ainsi Vivendi en minorité. Au sujet de la gestion Vivendi, Elliott fustige des problèmes récurrents de gouvernance, des «conflits d’intérêts» comme le contrat attribué au publicitaire Havas (dirigé par le fils de Vincent Bolloré) et surtout «la sous-performance profonde» de l’action. Celle-ci a perdu 35% entre l’entrée fin 2015 de Vivendi au CA et la montée en puissance d’Elliott dans Tim début mars. Parfois qualifié de fonds «vautour», Elliott a régulièrement investi dans des entreprises en difficulté ou dont le titre est sous-évalué, engageant un bras de fer avec leur direction. Vivendi l’accuse d’avoir une vision à court terme et de vouloir «démanteler» Tim. Il a aussi dénoncé «l’incohérence» du fonds qui a soutenu l’élection du DG Amos Genish au CA le 24 avril, alors même que ce dernier mène la liste renouvelée de Vivendi et entend poursuivre la stratégie engagée. Très apprécié des marchés qui saluent l’amélioration des résultats de Tim ces derniers mois, M. Genish a mis son poids dans la balance. «Si la liste de Vivendi n’obtient pas la majorité des votes, parce que c’est clairement la seule liste soutenant notre plan industriel à long terme, je crois fermement que ma position serait intenable», a-t-il affirmé au «Sunday Telegraph». Côté stratégie, Elliott avait évoqué la cotation du réseau. Mais face à l’inquiétude, il a rétro-pédalé. Il n’y a «pas d’alternative au plan industriel» de M. Genish et le nouveau CA déterminera avec lui «si et quand» mettre en oeuvre les propositions d’Elliott, a-t-il affirmé lundi. La liste Vivendi compte Arnaud de Puyfontaine, président du directoire du groupe français, proposé comme président de Tim au lieu de président exécutif auparavant. Elliott souligne de son côté «ne pas vouloir contrôler Tim, mais simplement catalyser le changement», se disant «troublé» par la mise en examen de Vincent Bolloré pour corruption dans le cadre d’une enquête sur l’attribution de concessions portuaires en Afrique, «dernier exemple» selon lui des problèmes posés par Vivendi. L’incertitude demeure quant à l’issue de l’AG. Les influentes sociétés de conseil Glass Lewis, ISS et Frontis ont recommandé de voter pour Elliott. Assogestioni, qui regroupe des fonds italiens, et le grand gestionnaire américain Blackrock (4,9% du capital) devraient lui apporter leur soutien. La position de la Caisse des dépôts (4,7%) est plus incertaine, même si Rome a récemment qualifié Vivendi de «très mauvais actionnaire».