Trois questions à … Henri Nayrou, député socialiste de L’Ariège et ancien rédacteur en chef de «Midi Olympique»

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    Le budget de la mission «médias» a été voté vendredi dernier à l’Assemblée ntionale. Celui-ci regroupe les budgets des chaînes publiques de télévisions et de radios, ainsi que des aides au bénéfice de l’expression radiophonique et de la presse écrite. Henri Nayrou, député socialiste de l’Ariège et ancien rédacteur en chef de «Midi Olympique» explique les raisons de son vote contre la mission «medias» 2007.

    média+ : Vous avez refusé de voter le budget de la mission « médias ». Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

    Henri Nayrou : Nous considérons que les moyens ne sont pas suffisants. Nous ne sommes pas d’accord concernant France 24. Je ne vais pas entrer dans la guerre des chiffres. Je préférerais, comme journaliste et comme élu, appuyer mon raisonnement sur des principes. Que voulons-nous faire ? Une chaîne de référence au niveau mondial ? Au lieu de créer un barnum, une superposition de plus, on aurait pu s’appuyer sur TV5 monde, avec le concours de RFI, de France 5 et Arte dans un degré moindre. Ce qui me gêne c’est le principe d’une chaîne supplémentaire alors qu’il existait déjà des chaînes dont on pouvait optimiser le rendement. Mais je ne suis pas du tout opposé à une chaîne d’audience internationale.

    média+ : Quelles sont les autres raisons de votre opposition à ce budget ?

    Henri Nayrou : Nous ne sommes pas d’accord avec les avantages consentis pour la TNT. Le numérique permet d’ouvrir de nouvelles perspectives. Il ne faudrait pas que l’Etat privilégie les amis de leurs amis. Nous ne sommes pas plus d’accord avec les mesures concernant la presse écrite. Chaque secteur a son utilité, ses besoins et ses contraintes. L’aide pour la presse est réduite de 1,7% à 274 millions d’euros. Or, l’érosion de ce levier de la démocratie continue. Le ministre a proposé des mesures préventives. C’est un «cataplasme sur une jambe de bois». Je ne doute pas de la volonté du gouvernement de sauver la presse écrite. Mais il s’agit de déterminer comment l’Etat doit distribuer des aides directes ou indirectes que certains utilisent pour racheter d’autres médias. Cela conduit à des concentrations où l’intérêt des actionnaires passe avant celui des lecteurs. Il y a de l’argent mais à quoi sert-il ? À améliorer le sort des plus riches ? Ou à maintenir les journaux en état de survie ? Si c’est le cas, il y a un constat d’échec. Moi j’ai demandé un plan Marshall de la presse écrite. «Nul, sinon l’écho ne répondit à ma voix».

    média+ : Vous avez essayé d’alerter le ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres sur le sort des radios associatives…

    Henri Nayrou : Le Fonds de soutien à l’expression radiophonique est abondé à hauteur de 62 millions d’euros. Il est adossé à une taxe sur la publicité. L’Etat aurait pu augmenter cette recette. Ça n’a pas été retenu. C’est une erreur. Les radios locales participent à la pluralité des opinions. Même si parfois c’est de manière imparfaite, l’idéal n’est pas de ce monde. On injecte de la vie dans le cirque médiatique. On ne s’y réfère pas à la pensée dominante des élites. Ça fait du bien… Elles sont utiles pour l’expression démocratique, à la pluralité des opinions quelles qu’elles soient. Il en existe 602 écoutées par 2 millions d’auditeurs. Elles emploient 2850 salariés et 14 000 bénévoles. Elles requièrent un intérêt croissant de la part du budget de l’Etat. Les barèmes d’octroi des subventions n’ont pas évolué depuis cinq ans. Sur les quatre dernières années, on estime que ces aides ont diminué de 11%. Le syndicat national des radios libres pense que 28 millions d’euros est le budget plancher. Or, le budget 2007 qui leur est consacré est de 24 millions d’euros.