Une campagne contre la prolifération de la surveillance des villes par les nouvelles technologies

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Une campagne contre la prolifération «sans débat ni contrôle» de projets utilisant les nouvelles technologies à des fins policières a été lancée à Nice, ville championne de la vidéosurveillance, par quatre associations et syndicats (Quadrature du net, CGT, LDH et FCPE).

A l’image de la reconnaissance faciale testée au Carnaval de Nice en février, en forçant la main à la Commission nationale de l’Informatique et des libertés (Cnil), «ces outils de surveillance se développent sans débat public et sans contrôle (…)», explique Martin Drago, juriste de l’ONG La Quadrature du net.

L’association de défense des internautes a intenté en février un recours contre le projet de portails biométriques dans deux lycées de Nice et Marseille, auquel s’opposent également la Ligue des droits de l’homme, les syndicats CGT et CGT Educ’action et les parents d’élèves FCPE.

«Le problème dans tous ces projets, c’est l’opacité, le flou, le calendrier pas très clair», dit-il, et «le débat existe peu en France, on est dans l’expérimentation et le laisser-faire», alors que San Francisco a interdit la reconnaissance faciale et la justice suédoise refusé son expérimentation à l’entrée des lycées.

Avec cette campagne, l’association espère «faire mieux sentir les risques de la surveillance, qui ne concernent plus seulement les cibles traditionnelles de l’antiterrorisme mais tout un chacun» et montrer qu’«une autre voie est possible que l’accommodement». Un site ressource (technopolice.fr) accueille un forum «pour mobiliser contre les projets locaux et à venir», une plateforme sécurisée pour les lanceurs d’alerte, une base de données documentaires et un manifeste appelant à «résister à la surveillance totale de nos villes et de nos vies».

Outre Nice et sa convention Safe City avec l’industriel Thalès, le manifeste cite les exemples de Toulouse, Valenciennes ou Paris où «on expérimente la vidéosurveillance réputée intelligente fondée sur le traitement automatisé des flux vidéos» ou de Saint-Etienne et son projet de micros déployés pour alerter la police en cas de bruit anormal. «Partout sur le territoire français, la Smart City révèle son vrai visage: celui d’une mise sous surveillance totale de l’espace urbain à des fins policières (…)», écrivent les signataires, qui prédisent comme conséquences: un «renforcement des formes de discriminations et de ségrégation», un «musellement des mouvements sociaux et dépolitisation de l’espace public», l’«automatisation de la police et déni de justice, la «déshumanisation toujours plus poussée des rapports sociaux».