Venezuela : écoutes téléphoniques «massives»

59

Près de 900.000 écoutes téléphoniques en 2021 au Venezuela…. Les défenseurs des droits humains dénoncent une «surveillance massive» de la population en découvrant des chiffres publiés récemment par le géant de la téléphonie espagnol Telefonica. «C’est un abus systématique d’interception des communications», a déclaré Andres Azpurua, directeur de VE Sin Filtro, une ONG vénézuélienne qui lutte contre les blocages et les restrictions d’internet. Cela témoigne «d’un «programme de surveillance massive par l’interception des communications et la capture des métadonnées», estime M. Azpúrua, qui dénonce «une violation à grande échelle des droits humains» qui «dénote un scénario autoritaire». «Les interceptions légales» des lignes téléphoniques et des accès internet de Telefonica ont bondi de 380.250 en 2016 à 861.004 en 2021, selon des chiffres dévoilés jeudi par l’entreprise, présente au Venezuela depuis 2005. Telefonica a publié dans son «Rapport de transparence dans les communications 2021» des données sur les demandes d’interception et de blocage de sites web reçues des autorités dans les 12 pays où elle est présente: Allemagne, RU, Espagne, Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Équateur, Mexique, Pérou, Uruguay et Venezuela. Telefonica est le principal fournisseur de téléphonie mobile au Venezuela. La société d’État CANTV domine le marché du téléphone fixe et de l’internet. Ces «écoutes» ont concerné 20% des clients de Telefonica au Venezuela, contre seulement 0,28% au Brésil, 0,05% en Argentine ou 0,00% au Mexique, en Colombie et en Équateur. En outre, entre 2016 et 2021, plus de 3,5 millions de demandes d’«interceptions» visant à connaître les données des abonnés et leur localisation «en temps réel» ont été enregistrées. Et près d’un million de lignes (997.679) ont été concernées par des demandes de «métadonnées»: informations personnelles, localisation, adresses IP, nombre de SMS reçus et envoyés, appels entrants et sortants. Selon le rapport, ces demandes proviennent du Service de renseignement (Sebin) «à la demande du ministère public et avec l’autorisation du juge correspondant», la police scientifique et les forces armées, ainsi que «d’autres organes et entités d’enquête criminelle spéciale». Le Sebin fait l’objet de multiples allégations de violations des droits hommains et de persécution des opposants. Carlos Correa, directeur de l’ONG Espacio Publico, qui surveille les atteintes à la liberté d’expression, déplore cette «augmentation des écoutes téléphoniques» qui  «témoignent d’un niveau de surveillance très élevé de la part de l’État». En termes d’accès à internet, plus de 1.300 sites ont souffert entre 2016 et 2021 du blocage ou de la restriction des contenus au Venezuela à la demande de la Commission nationale des télécommunications (Conatel), selon Telefónica. Les journalistes et les organisations de défense des droits humains dénoncent le blocage massif des sites critiques du président Nicolas Maduro. Selon le rapport, l’année où le nombre de blocages a été le plus élevé est 2016, avec 1.050, suivie de 2018, avec 106, tandis qu’en 2021, il y a eu 30 demandes. Le document ne détaille pas les caractéristiques ou la nature des sites restreints, mais il reflète qu’en 2019, 27 URL (adresses) de «sites de jeux et de paris» ont été ciblées. Selon Espacio Publico, 45 des cent portails d’information du Venezuela sont actuellement bloqués. Selon les normes internationales, le blocage doit avoir lieu à la suite d’ordonnances de juges ou de décisions de justice, mais dans la plupart des cas enregistrés dans ce pays, il n’y a aucune information sur la raison des restrictions d’URL, s’insurge M. Correa. Si les données ne correspondent qu’à une seule des entreprises de télécommunications opérant au Venezuela, «on doit penser que la situation est similaire dans les autres», ajoute-t-il. Outre Telefonica, le pays compte 2 autres opérateurs de téléphonie mobile, dont un public.