W. MOULLÉ-BERTEAUX (Groupe Le Crayon) : « On vise à réengager la jeune génération avec les médias »

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Le Crayon, premier média digital de débat, vient de boucler une levée de fonds de plus d’un million d’euros auprès de plusieurs investisseurs et business angels. Le groupe en a profité pour finaliser l’acquisition des Pépites de France, média de référence sur les sujets patrimoine, tourisme et art de vivre dans l’Hexagone. Entretien avec Wallerand MOULLÉ-BERTEAUX, Co-fondateur et CEO du groupe Le Crayon.

Quelle est le positionnement du groupe Le Crayon ?

Nous sommes un groupe de médias digitaux. On vise à réengager la jeune génération avec les médias. Initialement, notre priorité était de promouvoir l’esprit critique et l’ouverture d’esprit. Aujourd’hui, notre approche englobe tous les aspects des médias, y compris ceux liés à la culture. On veut reconnecter aussi les institutions avec les leaders d’opinions. En plus du Crayon et des Pépites de France, nous possédons également deux agences, Le Pinceau (création de contenus et influence) et Le Surligneur (RP et personal branding). Bien que chaque entité opère de manière autonome, nous encourageons des collaborations et des synergies entre elles, que ce soit en termes de compétences, de processus, d’équipements, de ressources ou même d’invités. Notre ambition est de maintenir un esprit de «petites équipes autonomes» tout en bénéficiant des avantages d’un groupe plus large.

Comment votre récente levée de fonds va-t-elle influencer la stratégie ?

Elle va nous offrir trois opportunités majeures : 1) Appuyer notre logique de groupe, notamment grâce à l’acquisition du média Les Pépites de France. On envisage aussi d’autres acquisitions dans les années à venir. 2) Diversifier le modèle économique pour être moins dépendant des annonceurs par rapport au marché des médias digitaux. Et 3) Embaucher les talents les plus qualifiés, essentiels à la réussite dans notre secteur.

Pourquoi avoir choisi d’acquérir Les Pépites de France ?

Car c’est un media qui correspond à notre thèse philosophique : authentique et positif axé sur la beauté, l’émerveillement et l’évasion. Et d’un point de vue business, Les Pépites de France enregistre plus d’1,8 million d’abonnés et possède une application de 350.000 utilisateurs qui offre un potentiel de développement significatif.

Bien que le groupe ait été rentable depuis ses débuts et se soit développé par autofinancement, comment cette levée de fonds modifie-t-elle votre vision des investissements extérieurs ?

Nous sommes quatre associés qui partagent une vision et des intérêts fortement alignés, ce qui est la source de notre succès. Notre force réside dans notre collectif. Avec cette levée de fonds, l’objectif est de passer à une phase d’expansion, tant en termes de croissance interne du Crayon que d’extensions vers d’autres domaines. Ce qui change vraiment, c’est notre capacité à utiliser ces fonds pour des investissements majeurs et structurants, comme l’acquisition des Pépites de France ou la création d’un studio de tournage aux standards internationaux. Contrairement à certaines start-ups qui dépensent rapidement, nous prônons une approche réfléchie : il nous faut du temps, de la patience et les bons talents pour progresser.

Un mot sur votre nouveau studio de tournage aux standards internationaux ?

Quand on parle de standards internationaux, nous faisons référence aux standards qui se font sur internet à l’international. Notre objectif principal est de maîtriser intégralement notre production. On est aussi devenu un pôle de production pour différents clients. Cela inclut les entreprises désireuses de créer du contenu ou des émissions, les entrepreneurs cherchant à lancer leurs propres podcasts, ainsi que les créateurs de contenu souhaitant élaborer des productions plus poussées. En agissant ainsi, nous récupérons une portion significative du marché de la production en ligne de haute qualité.

Comment comptez-vous attirer et retenir les meilleurs talents média/influence ?

C’est un défi de taille, en particulier pour des entreprises comme la nôtre qui dépendent de leurs collaborateurs. Notre stratégie repose sur trois principes clés. D’une part, être une entreprise en forte croissance où les employés sont constamment stimulés et peuvent progresser rapidement. D’autre part, offrir un environnement de travail détendu, sans processus lourds ni politique interne contraignante. Enfin, nous percevons notre entreprise comme une équipe sportive composée d’athlètes d’élite. Ils s’inspirent mutuellement et se poussent vers l’excellence.

Face à une croissance aussi exponentielle en seulement 3 ans, comment préservez-vous la culture et la vision originelles du Crayon ?

C’est un enjeu crucial pour nous. Les quatre co-fondateurs ont souvent des opinions divergentes sur de nombreux sujets. Toutefois, cette diversité d’opinions incarne réellement notre vision de la pluralité des débats. Chaque co-fondateur apporte sa propre culture et perspective. Nous avons chacun des audiences ciblées sur des thématiques variées. Nous capitalisons sur nos forces et nos cultures individuelles pour enrichir l’ensemble du groupe.

Comment voyez-vous Le Crayon évoluer par rapport aux autres acteurs majeurs de l’industrie des médias digitaux ?

Nous nous considérons comme étant à mi-chemin entre la philosophie d’Hugo Décrypte et celle de Brut. Bien que nous ayons une certaine présence et incarnation, elle n’est pas aussi dominante. Notre ambition est de nous établir fermement en tant que groupe. Nous ne souhaitons pas que la perception et la consommation de nos contenus médias soient principalement liées à notre image personnelle. De nombreux dirigeants d’entreprises ont une forte présence charismatique, mais au final, cette présence est souvent distincte de la perception globale de l’entreprise elle-même.

Quels seront les indicateurs clés de succès pour le Groupe ?

Nous nous concentrerons sur trois métriques principales : le nombre d’abonnés, le chiffre d’affaires et l’EBITDA. La qualité de l’équipe au sein d’un média digital est aussi un bon indicateur de la santé de l’entreprise pour les 12 à 18 mois à venir.