A travers son studio, Sophie Saget défend une animation 2D ambitieuse, narrative et exigeante. Avec «La Quête d’Ewilan» dejà disponible sur Okoo et dès le 28 février sur France 4, Andarta Pictures signe le meilleur lancement de l’offre jeunesse de France Télévisions depuis la création de la plateforme Okoo en 2019.
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À l’heure où la 3D domine le marché international, pourquoi avoir fait le choix de la 2D ?
Sophie SAGET
Lorsque j’ai créé la société en 2017, beaucoup de studios faisaient déjà de la 3D. Pour me démarquer, j’ai choisi la 2D, qui correspond à mon ADN. Je viens du graphisme, j’ai fait des études d’art et de dessin animé, avec une formation très axée 2D avant de passer du côté production. C’est un langage que je maîtrise intimement. C’était aussi un pari économique et écologique. La 2D est moins coûteuse à produire et plus légère en ressources. Enfin, j’ai parié sur un retour de la 2D. On observe aujourd’hui un regain d’intérêt, notamment sur les plateformes, pour des écritures graphiques plus incarnées, moins standardisées. Cette singularité constitue notre avantage compétitif.
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Avec «La Quête d’Ewilan», vous adaptez une œuvre culte vendue à plus de 2 millions d’exemplaires…
Sophie SAGET
Je suis partie d’un constat : nous avons une fuite des talents, attirés par les grands studios internationaux. Or, nous avons de très belles propriétés intellectuelles en France qui ne demandent qu’à être développer. L’œuvre de Bottero, son univers, nous permet d’être ambitieux en plus d’offrir à nos talents un fantastique terrain de jeu créatif. Adapter «La Quête d’Ewilan» répondait aussi à une stratégie éditoriale : je percevais un vide entre les séries jeunesse très industrialisées et le long métrage d’animation très qualitatif. Aujourd’hui, le public binge-watch des séries live exigeantes, avec des enjeux narratifs forts et une évolution profonde des personnages. Je me suis dit : pourquoi n’aurions-nous pas cela en animation ? L’idée était de créer un entre-deux : un format sériel plus court, plus intense, avec une économie plus élevée permettant une véritable ambition artistique et scénaristique. C’est cette volonté d’élever le niveau de narration qui a guidé le projet.
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Les chiffres de lancement sur Okoo et YouTube Slash Anim sont très forts, y compris auprès des 18-30 ans. Aviez-vous anticipé cette porosité entre cible enfant et jeune adulte ?
Sophie SAGET
Oui, en partie. Les programmes que j’aime sont ceux qui rassemblent et proposent plusieurs niveaux de lecture. Certains programmes préscolaires sont d’ailleurs très intelligents : ils parlent aussi aux adultes. Nous avons travaillé la série pour qu’elle soit accessible dès 6-7 ans, tout en restant exigeante. Il y a des combats, des antagonistes forts, mais rien de gratuit ni d’inapproprié. La narration est pensée pour qu’un adulte habitué aux séries live s’y retrouve. Il y a également un effet générationnel. Les romans sont sortis il y a plus de 20 ans. Ceux qui les ont lus enfants sont aujourd’hui adultes et souhaitent transmettre cet univers à leurs propres enfants. Je le vois moi-même : ma fille de 12 ans découvre les livres et regarde la série. Cette dimension de transmission renforce naturellement l’audience.
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Intégrez-vous la logique multiplateforme dès le développement ?
Sophie SAGET
Nous ne construisons pas un projet dans l’unique objectif de maximiser les vues. En revanche, le contexte de marché est très contraint. Les diffuseurs prennent moins de risques et exigent des garanties d’audience dès le développement. Dans les faits, les deux projets que j’ai pu amener en production étaient adossés à des œuvres préexistantes. Les IP fortes rassurent. De même, associer un influenceur peut sécuriser un projet. Pour «Ewilan», nous nous sommes appuyés sur la fanbase dès le développement. Ce n’est pas une logique opportuniste, mais une réalité économique : aujourd’hui, l’IP est devenue un levier déterminant.
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L’international est-il un objectif prioritaire ?
Sophie SAGET
Oui, même si le contexte est plus complexe qu’il y a 10 ou 20 ans. Nous observons une tendance à la relocalisation de la valeur : chaque territoire cherche à renforcer sa propre production. Pour autant, la France est extrêmement forte en animation. Nous consommons beaucoup de contenus américains, et le soft power asiatique est très présent. Il est important que nous jouions nous aussi dans cette cour, avec des propositions ambitieuses.
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Quelle est la prochaine étape stratégique ?
Sophie SAGET
Mon ambition reste de construire des propriétés intellectuelles fortes. Nous allons évidemment travailler sur les saisons suivantes d’«Ewilan». L’univers comprend d’autres trilogies connexes qui pourraient être développées, éventuellement en long métrage. Mais ce type de programme est ambitieux et coûteux. Le financement a été extrêmement complexe sur le seul marché français, et nous n’avons pas réussi à structurer une véritable alliance européenne. L’international devient donc essentiel pour pérenniser ce niveau d’ambition.
LES DIRIGEANTS
Sophie SAGET
Productrice &
Fondatrice – Andarta Pictures
COORDONNEES
3 rue Barnave 26500 Bourg-Lès-Valence
DATE DE CREATION
2017
PRODUCTIONS
«La Quête d’Ewilan», «Lisa & Kolos», «Gustave»…



































