Audiovisuel public: Vincent Bolloré pointe une gestion «non maîtrisée»

Audiovisuel public: Vincent Bolloré pointe une gestion «non maîtrisée»
Majority shareholder of the Bollore Group, Vincent Bollore, arrives for a hearing before a parliamentary enquiry committee on media concentration, at the French Senate in Paris on January 19, 2022. (Photo by Thomas SAMSON / AFP) FRANCE-PARLIAMENT-MEDIA-ENQUIRY-BOLLORE

Devant les députés, le milliardaire conservateur Vincent Bolloré a attaqué mardi l’audiovisuel public en critiquant sa gestion qui entraîne des «pertes» de 4 milliards d’euros à l’Etat, et a défendu ses médias comme CNews, «libres» et non «soumis». «Le problème de l’audiovisuel public, ce n’est pas les contenus, c’est les coûts», qui «viennent pour l’essentiel de dépenses qui ne sont ni contrôlées ni maîtrisées», a jugé M. Bolloré, auditionné durant 2h30 par la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public. L’entrepreneur, qui est apparu très à l’aise et a été peu bousculé, est l’actionnaire de référence du groupe Canal+, dont fait partie la chaîne CNews. Mais c’est au titre d’actionnaire du groupe de production Banijay (via la société Vivendi) qu’il était convoqué. Ce volet a été vite évacué, M. Bolloré assurant être un actionnaire «totalement dormant» de Banijay, qui fournit nombre de programmes à France Télévisions. Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), lui a demandé son avis sur l’audiovisuel public, fréquemment accusé par CNews de pencher à gauche. «Je pense qu’on n’a rien à reprocher au service public, ni à le glorifier. Le problème, c’est les 4 milliards de pertes, les 4 milliards de coûts» pour l’Etat, a répondu M. Bolloré. Les sociétés de l’audiovisuel public, dont France Télé et Radio France, reçoivent chaque année environ 4 milliards d’euros de dotations de l’Etat. «Quatre milliards, c’est beaucoup à un moment où la France est quand même en difficulté», a-t-il poursuivi, suggérant d’autoriser davantage de publicité sur le service public. «Je ne vois pas pourquoi TF1 gagnerait de l’argent, M6 gagnerait de l’argent et le service public ne gagnerait pas d’argent», alors que tous font «la même chose», a estimé M. Bolloré. Il a pointé «un problème de gestion», en référence notamment à la patronne de FTV Delphine Ernotte Cunci. «C’est peut-être la faute de l’Etat aussi», a-t-il concédé. Le dirigeant de 73 ans, dont les prises de parole sont rares, a accusé une «petite caste dirigeante aujourd’hui qui a envie de rester aux manettes», restant flou. «Que Mme Ernotte ne s’inquiète pas, à mon âge je ne vais pas aller me faire embaucher chez France Télévisions», a-t-il lancé dans un sourire. Que répond-il à la présidente du groupe public qui qualifie CNews de chaîne «d’extrême droite» et a engagé une procédure en justice pour «dénigrement»? M. Bolloré n’envisage pas de faire de même: «Ils ont assez de problèmes comme ça», a-t-il taclé. Et de marteler: «Je suis le bouc émissaire parfait, le paratonnerre idéal». La députée écologiste Sophie Taillé-Polian s’est indignée d’une «véritable campagne contre le service public» menée dans les médias Bolloré, et a demandé à l’intéressé s’il avait donné des consignes en ce sens. «Je n’interviens pas», a assuré M. Bolloré. L’homme d’affaires n’a pas épargné non plus le régulateur de l’audiovisuel, l’Arcom, qui a «confisqué» la chaîne C8, dont la fréquence n’a pas été reconduite début 2025 après des manquements répétés. «Celui qui était visé c’était moi, à travers Cyril Hanouna» qui en était l’animateur vedette, d’après lui. CNews est plus fréquemment sanctionnée ces derniers mois, a relevé le rapporteur, l’élu ciottiste Charles Alloncle. La 1ère chaîne info en pda pourrait-elle devoir fermer également? «Tout est possible», a répondu M. Bolloré. «Nous ne sommes pas soumis, nous sommes libres et donc on déplaît», a-t-il asséné au sujet des sociétés et médias dans son giron. Le milliardaire a fait référence à de multiples reprises à sa foi chrétienne. «J’ai des convictions, je crois dans la France» et «je crois en la religion, je crois en l’empathie», a fait valoir M. Bolloré. Justement, il faut maintenant «le pardon» envers l’ex-animateur de CNews Jean-Marc Morandini, condamné pour corruption de mineurs et harcèlement, a-t-il plaidé. Son maintien à l’antenne malgré sa condamnation définitive mi-janvier avait provoqué une crise au sein de la chaîne.

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