Jason DAY (Luma IA) : «Dans quelques années, l’IA fera naturellement partie des pipelines de production audiovisuelle.»

Alors que l’intelligence artificielle bouleverse déjà les méthodes de création et de production dans l’audiovisuel, Luma AI s’impose comme l’une des start-up les plus observées du secteur. Forte d’une levée de fonds de 900 millions de dollars et de technologies capables de générer texte, images et vidéo, l’entreprise développe de nouveaux workflows de production déjà testés par plusieurs studios et créateurs. Jason Day, directeur général pour la région EMEA, détaille pour Média+ les ambitions de Luma AI.

Luma AI vient de lever 900 M$. À quoi va servir concrètement cet investissement dans les mois et les années à venir ?

Cette levée de fonds doit nous permettre d’accélérer plusieurs chantiers stratégiques. D’abord, continuer à développer notre technologie d’IA multimodale, qui est au cœur de Luma AI. Notre ambition est de créer des modèles capables de comprendre et de générer différents types de contenus – texte, images, vidéo – de manière cohérente et intégrée. Ensuite, nous voulons renforcer les applications concrètes pour les créateurs et pour les industries culturelles. L’idée n’est pas seulement de construire une technologie impressionnante, mais de développer des outils qui s’intègrent réellement dans les workflows de production existants. Enfin, cet investissement va aussi nous permettre d’accélérer notre présence internationale, notamment en Europe et dans la région EMEA.

Votre technologie peut générer du texte, des images et de la vidéo. En quoi cela change-t-il déjà la manière de créer du contenu aujourd’hui ?

Ce qui est fascinant avec cette nouvelle génération d’IA, c’est qu’elle ne travaille plus uniquement sur un seul type de média. Pendant longtemps, on avait des outils spécialisés : certains pour le texte, d’autres pour l’image. Mais cela restait fragmenté. Aujourd’hui, avec des modèles multimodaux, on peut partir d’une idée créative et la transformer en plusieurs formes de contenu. Un créateur peut par exemple imaginer un univers, générer des images, tester des séquences vidéo, puis affiner son concept. Cela accélère énormément les phases de prototypage créatif. Ce n’est pas seulement une question de génération automatique. C’est aussi une nouvelle façon d’interagir avec les modèles : les créateurs dialoguent avec l’IA, itèrent, expérimentent. On peut tester plusieurs directions visuelles ou narratives en quelques minutes. Cela ouvre des perspectives créatives qui étaient auparavant beaucoup plus longues ou coûteuses à explorer.

Pour les producteurs et les studios, quels sont les bénéfices les plus concrets : plus de rapidité, moins de coûts, ou de nouvelles possibilités créatives ?

En réalité, ce sont les trois à la fois. Dans la production audiovisuelle traditionnelle, certaines étapes peuvent être extrêmement longues et coûteuses. Prenons simplement le développement d’un concept visuel. Avant même de tourner quoi que ce soit, il faut parfois mobiliser plusieurs artistes, designers ou techniciens pour produire des visuels de référence, des storyboards, des animatiques. Avec l’IA, certaines de ces étapes peuvent être accélérées. Un réalisateur ou un directeur artistique peut explorer différentes idées visuelles très rapidement, tester plusieurs directions créatives et affiner son projet avant même d’entrer en production. Cela ne remplace pas le travail artistique, mais cela change la vitesse à laquelle on peut expérimenter. Ce qui prenait parfois des semaines peut être exploré en quelques heures. Pour un studio, cela signifie aussi des coûts de développement plus maîtrisés et une capacité à tester davantage d’idées.

Certains studios à Hollywood commencent déjà à expérimenter ces technologies. Pensez-vous que l’IA deviendra bientôt un standard dans la production audiovisuelle ?

Je pense que nous allons clairement dans cette direction. Aujourd’hui, beaucoup de studios expérimentent encore ces outils. Mais si l’on regarde l’histoire des technologies dans l’audiovisuel, on voit un schéma assez clair : au départ, il y a une phase d’exploration, puis progressivement ces outils deviennent des standards de production. On l’a vu avec le montage numérique, avec les effets visuels, avec la production virtuelle. L’IA s’inscrit dans cette continuité. Je ne pense pas qu’elle remplacera les méthodes existantes, mais elle va s’intégrer dans les pipelines de production. Dans quelques années, il sera probablement normal pour un studio d’utiliser des outils d’IA pour la prévisualisation, le design visuel ou certaines étapes de post-production.

Luma AI regarde désormais de près l’Europe et la France. Quelles opportunités voyez-vous dans l’écosystème de production français ?

La France possède un écosystème créatif extrêmement riche. Il y a une tradition très forte dans le cinéma, l’animation, les effets visuels et la production audiovisuelle. Ce qui nous intéresse particulièrement, c’est la capacité des créateurs français à expérimenter et à développer des univers visuels très forts. Nous pensons que les outils d’IA peuvent être particulièrement intéressants dans ce contexte, car ils permettent justement d’explorer plus rapidement des idées visuelles ambitieuses. L’Europe en général, et la France en particulier, représentent aussi un marché stratégique pour nous. Nous voulons collaborer avec des producteurs, des studios et des créateurs afin de développer des workflows adaptés à leurs besoins, comme nous le faisons déjà avec plusieurs partenaires aux États-Unis.

Beaucoup de créateurs s’inquiètent de l’impact de l’IA sur les métiers créatifs. Comment les rassurez-vous ?

C’est une question importante, et nous la prenons très au sérieux. Notre vision n’est pas de remplacer les créateurs. Au contraire, nous pensons que ces technologies doivent être des outils au service de leur créativité. Derrière Luma AI, il y a une équipe composée de chercheurs, d’ingénieurs, mais aussi de personnes qui viennent des industries créatives. Notre objectif est de construire des technologies qui amplifient les capacités des artistes et des créateurs, pas qui les remplacent. L’histoire de la création montre que les nouvelles technologies génèrent souvent de nouveaux métiers et de nouvelles formes d’expression. Nous pensons que l’IA suivra cette même logique.

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