Les créateurs d’«Ulysse 31» racontent l’histoire d’un dessin animé devenu culte

Les créateurs d’«Ulysse 31» racontent l’histoire d’un dessin animé devenu culte

«J’aime raconter des histoires», confie l’auteur et producteur Jean Chalopin, qui a façonné l’imaginaire de millions d’enfants des années 80 avec ses dessins animés «Ulysse 31», «Les Mystérieuses Cités d’or» ou «Inspecteur Gadget», épaulé par son ami dessinateur Bernard Deyriès. «Le dessin animé, c’était une façon de raconter mes histoires. Que le public réponde, c’est la plus belle chose du monde, et 45 ans plus tard, c’est encore plus beau», sourit M. Chalopin, barbe et tignasse toujours rousses malgré ses 75 ans. «On ne voyait pas ces enfants à l’époque, les rencontrer adultes c’est très émouvant», reconnaît de son côté Bernard Deyriès, 79 ans le 16 avril, joint par téléphone. Lancé à la télé fin 1981, «Ulysse 31» est la première et la plus connue de leurs oeuvres communes, cocréée avec une autre Française, Nina Wolmark. C’est une adaptation de «L’Odyssée» d’Homère en science-fiction: Ulysse cherche le chemin de la Terre à bord de son vaisseau, «L’Odysseus», accompagné de son fils Télémaque, de la petite extraterrestre Thémis et du robot Nono. Grande nouveauté à l’époque, ces 26 épisodes de 26 minutes sont une coproduction franco-japonaise entre DIC, la société de M. Chalopin, et la firme nippone TMS. «C’était assez dingue de croire qu’on pouvait réussir un dessin animé comme ça créé à partir de la France, ça n’avait jamais été fait», se souvient Jean Chalopin, sur qui une mini-série documentaire est en préparation pour Canal». «Les enseignants nous ont fait beaucoup de publicité, ils étaient ravis d’avoir cette série comme base à des travaux en classe sur la mythologie et la Grèce», ajoute Bernard Deyriès. «Ulysse 31» retrouve aujourd’hui une deuxième jeunesse. La chaîne payante Mangas (groupe Mediawan) diffuse depuis le 5 avril sa version restaurée en haute définition, qui sortira ensuite en Blu-ray. Ce carton initial ouvre ensuite la voie à de nombreuses autres séries animées à succès, écrites et produites par Jean Chalopin et le plus souvent réalisées par Bernard Deyriès: «Les Mystérieuses Cités d’or», «Inspecteur Gadget» (M. Deyriès n’a fait que l’épisode pilote), «Les Minipouss», «MASK», «Jayce et les conquérants de la lumière»… Entretemps, DIC s’est établi aux États-Unis et est devenu l’un des premiers producteurs mondiaux de programmes télévisés pour enfants. «Je ne crois pas être un homme d’affaires par essence, j’y suis venu par la force des choses», affirme M. Chalopin. La création d’un dessin animé «partait d’une idée, d’une phrase», raconte M. Deyriès. Pour «Inspecteur Gadget», «c’est une idée de Jean, qui a dit: «Si on faisait L’homme qui valait 3 milliards (feuilleton américain dont le héros était un homme bionique, ndlr), mais pour rigoler?»». Quand ils se sont connus à Tours, jeunes artistes, Jean Chalopin avait 14 ans et était féru de poésie, Bernard Deyriès en avait 17. Quel regard portent-ils l’un sur l’autre? «Bernard est quelqu’un de solide, têtu comme une mule», répond M. Chalopin, pour qui son partenaire «a été l’élément essentiel» de leurs réalisations communes. «Jean est rêveur quand il lance des idées, parfois irréalisables, puis plus réaliste quand on travaille sur du concret», juge M. Deyriès. Établi aux Bahamas, Jean Chalopin est devenu banquier au début des années 2010, en prenant la tête de la banque Deltec. Cette nouvelle carrière lui a valu d’être cité dans des procédures judiciaires aux États-Unis liées à la retentissante faillite de la plateforme de cryptomonnaies FTX en 2022. Quand on l’interroge sur cette affaire, il évacue la question et se borne à se dire «très tranquille», en renvoyant au documentaire en préparation. Malgré 60 ans de parcours commun, Bernard Deyriès et lui se vouvoient toujours. «Ça peut passer pour de la distance mais ça n’en est pas», commente le dessinateur. «Il y a peu d’amitiés comme ça qui restent après tant d’années».

Aucun article à afficher