Tunisie : procès en appel de deux chroniqueurs, RSF dénonce un harcèlement

Tunisie : procès en appel de deux chroniqueurs, RSF dénonce un harcèlement

Le procès en appel de deux chroniqueurs connus en Tunisie, dont l’ancien journaliste de Canal+ Mourad Zeghidi, a repris mardi à Tunis, où l’ONG Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé «un harcèlement judiciaire et financier» à leur encontre.

  1. Zeghidi et son confrère Borhen Bsaies, condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour «blanchiment d’argent» et «évasion fiscale», étaient présents pour cette nouvelle journée du procès démarré le 14 avril.

Des diplomates de Belgique, du Royaume-Uni et de l’ONU assistaient aussi à l’audience. Dès l’ouverture, la défense des deux chroniqueurs a demandé leur libération provisoire en attente du verdict, ainsi qu’un report des débats, le temps de mieux se coordonner avec de nouveaux avocats, ont expliqué des avocats. Le juge a levé la séance pour délibérer.

A l’extérieur du tribunal, une vingtaine de personnes, dont des défenseurs des droits et des proches des deux journalistes, étaient venues leur apporter leur soutien. «On est fatigués, il faut que ça cesse», a déclaré Inès, la fille de Mourad Zeghidi tandis que sa soeur Meriem a dit espérer «une libération, aujourd’hui, après deux ans».

«Il est combatif et a le moral», il a «droit à 10 minutes de visite par semaine» de sa famille, a-t-elle expliqué. Il est emprisonné «avec trois détenus de droit commun» et «ne croise aucun autre prisonnier». Les deux chroniqueurs avaient été arrêtés puis emprisonnés à partir de mai 2024 pour des déclarations à la radio et à la télévision considérées comme critiques du président Kais Saied. Alors qu’ils étaient libérables en janvier 2025 après avoir purgé 8 mois de prison, de nouvelles poursuites avaient été lancées à leur encontre pour des malversations financières présumées.

«Nous demandons la fin du harcèlement judiciaire, un journaliste ne peut pas être poursuivi pour son travail journalistique», a indiqué Oussama Bouagila, directeur régional de Reporters sans frontières pour l’Afrique du Nord.

Les ONG tunisiennes et internationales ont dénoncé un recul des droits fondamentaux en Tunisie depuis un coup de force du président Saied à l’été 2021 par lequel il s’est octroyé les pleins pouvoirs.

Dimanche, un autre journaliste, Zied el-Heni, figure médiatique en Tunisie, a été incarcéré pour avoir critiqué des magistrats lors d’une conférence début avril.

Le 11 mai, l’association Al Khatt, qui édite le site d’information Inkyfada, pourrait être dissoute par un tribunal sur la base d’une plainte du gouvernement.

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