Streaming first, avenir de la télévision, puissance de france.tv, transformation de «Télématin»… À l’occasion de la conférence de rentrée de France Télévisions qui s’est tenue hier soir, Stéphane Sitbon-Gomez, directeur général adjoint en charge des offres et de la stratégie éditoriale, détaille pour Média+ la vision qui guide la mutation du groupe audiovisuel public.
MEDIA +
Faut-il retenir que France Télévisions doit désormais faire mieux avec moins ?
STÉPHANE SITBON-GOMEZ
J’espère surtout que l’on retiendra que nous faisons mieux et différemment. Nous avons traversé une année particulièrement intense qui nous a poussés à accélérer notre transformation. Le message principal de cette rentrée est simple : le streaming first. Le numérique n’est plus un prolongement de l’antenne linéaire, il est devenu notre métier. C’est désormais à partir de lui que nous concevons notre stratégie éditoriale, alors que france.tv rassemble désormais près de 46 millions de visiteurs chaque mois.
MEDIA +
Cette priorité donnée au streaming signifie-t-elle que la diffusion linéaire devient secondaire ?
STÉPHANE SITBON-GOMEZ
Non. Le linéaire va se réinventer. Il deviendra la vitrine de toute la profondeur de l’offre france.tv. C’est même notre meilleure arme dans l’univers numérique. Si nous étions uniquement une plateforme de streaming, nous devrions investir des moyens considérables en marketing. Nos antennes nous permettent de mettre en avant nos meilleures propositions. Nous raisonnons moins en termes de grilles et davantage en termes de découvrabilité et de mise en avant des contenus. Aujourd’hui, une part importante des programmes est d’ailleurs consommée en avant-première sur france.tv avant leur diffusion à l’antenne.
MEDIA +
L’an dernier, vous déclariez que «la télévision est en train de crever». Maintenez-vous cette analyse ?
STÉPHANE SITBON-GOMEZ
Oui. Ce que je disais, c’est qu’elle est en train de mourir par immobilisme. Le danger qui guette tous les médias est le conservatisme. Les usages ont déjà profondément changé. Si la télévision refuse de se réinventer, elle risque effectivement de disparaître.
MEDIA +
Vous donnez le sentiment d’avoir pris une longueur d’avance sur les nouveaux usages. Est-ce votre conviction ?
STÉPHANE SITBON-GOMEZ
Je ne crois pas que nous soyons en avance. L’erreur serait justement de penser que nous préparons le monde de demain. En réalité, nous y sommes déjà. La révolution des usages est installée depuis plusieurs années et notre responsabilité est de ne pas la subir. Evan Shapiro, qui intervenait lors de notre conférence de presse, me disait encore récemment : «Ton partenariat avec YouTube est une bonne idée, mais pourquoi ne pas l’avoir signé il y a 4 ans ?» Cette remarque résume bien la situation. Notre ambition n’est pas d’avoir un temps d’avance, mais d’être pleinement acteur de cette transformation plutôt que de la regarder passer.
MEDIA +
Vous multipliez les partenariats avec YouTube, Prime Video ou les créateurs. Comment préserver l’identité du service public ?
STÉPHANE SITBON-GOMEZ
Justement grâce à france.tv. Cette marque deviendra la porte d’entrée de tous nos contenus. Demain, les moteurs d’intelligence artificielle, les assistants vocaux, les plateformes sociales ou les téléviseurs connectés proposeront france.tv. Partout où les Français consommeront des contenus, ils retrouveront notre marque. Ce n’est pas une dilution de notre identité, c’est au contraire la meilleure manière de la renforcer. L’âge moyen des utilisateurs de france.tv est désormais de 47 ans, soit proche de celui de la population française.
MEDIA +
Quel indicateur de succès regardez-vous désormais ?
STÉPHANE SITBON-GOMEZ
Nous suivons avant tout la couverture quotidienne, hebdomadaire et mensuelle de notre offre à la demande. Grâce aux nouveaux outils développés par Médiamétrie, nous disposons désormais d’une vision beaucoup plus fidèle des usages. C’est cette consommation sur les box, les téléviseurs connectés, les ordinateurs ou les mobiles qui guide aujourd’hui nos décisions. L’enjeu n’est plus seulement l’audience d’une diffusion, mais l’impact global d’un programme sur l’ensemble des écrans.
MEDIA +
Pourquoi faire évoluer autant vos émissions quotidiennes ?
STÉPHANE SITBON-GOMEZ
Parce qu’elles doivent devenir de véritables marques. «Les Maternelles» en sont le meilleur exemple. Aujourd’hui, les jeunes parents découvrent cette marque sur les réseaux sociaux, en podcast, sur YouTube ou sur leur téléphone avant même la télévision. Nous voulons qu’elle soit leader dans tout cet écosystème. C’est pourquoi nous investissons davantage dans les contenus numériques exclusifs. L’émission génère déjà plus de 100 millions de vues par mois sur les réseaux sociaux. La même logique s’applique à «Télématin» : dans un univers où les offres se multiplient, nous devons simplifier les repères et rendre l’offre plus lisible.
MEDIA +
Que peut-on vous souhaiter pour cette nouvelle saison ?
STÉPHANE SITBON-GOMEZ
D’abord que les équipes puissent souffler après une année éprouvante. Elles ont accompli un travail remarquable de transformation et je veux les remercier. Ensuite, j’espère que nous vivrons une grande saison de création. Enfin, avec la présidentielle qui approche, le service public aura un rôle essentiel. Les mots de Philippe Corbé, notre directeur de l’information, sur la vérité m’ont beaucoup marqué. Nous devons être le lieu où les Français trouvent une information fiable. C’est une responsabilité majeure dans une période où notre démocratie en a plus que jamais besoin.

































