A Londres, les sceptiques des cryptomonnaies réunis pour se faire entendre des régulateurs

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Economistes, chercheurs et journalistes critiques des cryptomonnaies se réunissent à Londres et en ligne lundi et mardi pour se faire entendre des régulateurs au sujet des cryptomonnaies, secteur en plein essor malgré un choc brutal ces derniers mois. «Il y a tant de conférences sur les cryptomonnaies, mais elles sont financées par l’industrie», juge Martin Walker, un des organisateurs la conférence Crypto Policy Symposium 2022. M. Walker réfute le surnom donné par certains médias spécialisés de «conférence anti-crypto», et défend vouloir «casser certains mythes créés et propagés par l’industrie de la crypto, et pousser les législateurs à poser les bonnes questions», explique-t-il. Pour ce faire, il compte sur des voix critiques de spécialistes des bulles financières, chercheurs ayant évalué l’empreinte carbone de cette industrie ou ingénieurs questionnant l’efficacité des technologies décentralisées. Selon lui, «des régulateurs du monde entier» font partie du millier de personne qui se sont inscrites pour suivre la conférence en ligne, et des responsables britanniques devraient participer à un événement en présentiel mardi à Londres. Le prix du bitcoin a plongé d’un sommet à près de 69.000 dollars en octobre dernier à environ 20.000 dollars, et le caractère risqué de ce marché ultra volatil et peu régulé pour les investisseurs particuliers sera particulièrement mis en avant. De nombreuses banques centrales et régulateurs des marchés financiers ont averti sur les dangers représentés par les cryptomonnaies, mais en l’absence d’un cadre législatif clair, les utilisateurs sont rarement informés au moment d’effectuer leurs investissements. La faillite de la plateforme de placements en cryptomonnaies Celsius a plongé des clients dans le désespoir, incapables de récupérer des placements qui représentaient parfois l’intégralité de leurs économies. «Les gens ne comprenaient pas que leur argent n’est pas en sécurité, et ils ne comprennent toujours pas pourquoi ils ne peuvent pas le récupérer», explique Amy Castor, journaliste indépendante qui fait partie des critiques des cryptomonnaies les plus écoutées et virulentes. «Nous voulions que nos voix soient entendues car il est important que les régulateurs comprennent les risques, comment les cryptomonnaies fonctionnent et les arnaques qui sont inhérentes au système», tance-t-elle. Ancienne journaliste pour des médias spécialisés sur les cryptomonnaies, elle s’est fait connaître pendant l’envolée des prix de 2017 et le crash qui a suivi pour ses critiques de Tether, ce stablecoin au cours arrimé au dollar mais dont la trésorerie reste obscure. «Le problème, c’est que les cryptomonnaies ont pris une telle ampleur qu’il y a maintenant des sommes importantes qui passent dans le lobbying, beaucoup d’argent qui finance des campagnes électorales», notamment aux Etats-Unis, explique-t-elle. Certains élus affichent fièrement leur soutien au secteur, notamment au niveau local: les maires de Miami et New York ont affirmé vouloir faire de leurs villes les capitales des cryptomonnaies, et des projets de devises propres à ces municipalités sont à des stades divers de développement. «Des responsables font de grandes déclarations sur les bienfaits des cryptomonnaies en se focalisant sur les vertus théoriques de ces technologies mais ignorent leur effet réel», s’inquiète Tonantzin Carmona, chercheuse à la Brookings Institution. En mars, elle a publié un article de recherche sur le danger potentiel représenté par l’enthousiasme des maires pour les cryptomonnaies. Alors qu’elle craignait d’être attaquée sur les réseaux sociaux, elle a été bien reçue par la petite communauté des crypto-sceptiques, qui lui a permis de voir qu’elle n’était «pas toute seule».