B. RAVACHE (Fip) : «Nous sommes l’alternative de service public aux plateformes de streaming»

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Semaine anniversaire pour la plus éclectique station du groupe Radio France. Créée il y a 50 ans, Fip célèbre son demi-siècle d’existence, et ne compte pas s’arrêter-là. Entretien avec Bérénice RAVACHE, Directrice de Fip.

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50 ans après sa création, comment cultivez-vous la spécificité de Fip ?

Bérénice RAVACHE

Cet anniversaire est l’occasion de faire savoir que nous existons. Fip a en effet un déficit de notoriété du fait qu’elle ne bénéficie que de 10 fréquences en France (soit 6% de couverture du territoire), là où certaines radios du même âge peuvent couvrir jusqu’à 95%. En revanche, tous les Français peuvent nous écouter à travers notre application, notre site et bientôt le DAB+ qui nous permettra de couvrir 85% du territoire. Nous continuerons ainsi à cultiver notre spécificité, notre caractère unique dans le paysage radiophonique français et international. De plus en plus d’auditeurs étrangers (allemands, anglais, hollandais ,…) nous disent qu’il n’y a pas d’équivalent à Fip dans leur pays. Notre illustre fan, Jack Dorsey, fondateur et PDG de Twitter nous a redit son amour pour Fip qu’il qualifie comme «la meilleure radio du monde». 

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Votre déficit de notoriété peut-il être comblé sur le digital ?

Bérénice RAVACHE

Pas complètement ! La radio s’écoute encore majoritairement en FM, dans la voiture. Cela ne sera jamais compensé par internet où l’offre est pléthorique. Nous avons en effet des succès importants sur le numérique mais la couverture en DAB+ nous fera aller à la rencontre d’auditeurs qui ignoraient notre existence. Nous avons encore beaucoup de choses à engager pour améliorer la notoriété de Fip et sa visibilité. L’une de nos priorités est d’étoffer l’offre numérique avec des formats de «conquête» en proposant des web radios thématiques et des podcasts originaux.

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Peut-on parler d’«anti-radio» comme le résumait son co-créateur Pierre Codou ?

Bérénice RAVACHE

Fip a été créée en 1971 avec un format totalement atypique et pionnier avec 60’ de musique par heure, des voix de femmes qui parlaient sur la musique, là où toutes les autres radios étaient animées par des hommes. La musique ne s’interrompt jamais à Fip, et c’est vrai depuis 50 ans. On reste aujourd’hui une «anti-radio» avec un tas de spécificités. L’une d’entre elles est l’absence de grille excepté notre rendez-vous emblématique «Le Club Jazzafip», diffusé en direct 365 jours par an. Enfin, Fip est reconnue pour sa programmation éclectique.

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Comment votre programmation musicale se renouvelle-t-elle ?

Bérénice RAVACHE

Nous n’avons pas de playlists ni d’algorithmes. Toute la programmation musicale est faite à la main. Nous avons aussi la chance de disposer de la plus grande discothèque du monde qui permet à nos programmateurs de diffuser 36.000 titres et 16.000 artistes différents par an, là où la plupart des radios tournent entre 200 et 500 titres en moyenne. 85% des chansons diffusées sur Fip ne sont proposées par aucune autre radio. Il est dans notre mission d’accompagner l’émergence de nouveaux talents.

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Quelle est la caractéristique de vos auditeurs ? 

Bérénice RAVACHE

Notre auditeur est plus jeune que celui des autres radios du groupe : 49 ans de moyenne d’âge. Ces 12 derniers mois, nous avons gagné 100.000 auditeurs, ce qui est considérable. En 15 ans, l’audience de Fip a augmenté de 250%. Très peu de radios musicales peuvent afficher une telle augmentation. Notre auditeur, c’est aussi celui qui ne s’y retrouve pas dans une playlist proposée par Spotify, Deezer, ou d’autres radios. Il y a cet appétit d’avoir une radio qui prescrit et qui filtre pour eux. Fip s’affiche comme l’alternative de services publics aux plateformes de streaming.