«Coup de froid» sur les programmes: quand la télé reflète la crise

Multiplication des émissions sur le pouvoir d’achat, des héros de fiction plus sombres, une télé-réalité plus cruelle que jamais: les nouveaux programmes télévisées du monde entier reflètent les angoisses liées à la crise économique et identitaire en cours, selon une étude. Le petit écran a subi un vrai «coup de froid, selon la dernière analyse des tendances télé internationales de la saison 2008/2009 – du 1er septembre au 30 novembre – réalisée pour Médiamétrie par Eurodata TV et Imca, et présentée jeudi à la presse. Les nouveaux magazines, documentaires, divertissements, fictions et émissions de télé-réalité ont été «largement influencés par la crise» et «la morosité ambiante» dans les pays couverts par cette étude (Allemagne, Australie, Espagne, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Pays-Bas, Pologne, Royaume-Uni et Suède), a résumé Sheily Lemon, du cabinet Imca (International Media Consultant Associés). Pour mieux éclairer le télespectateur sur le monde et ses maux, les programmes d’investigation prolifèrent, à l’instar de l’émission en caméra cachée «Les infiltrés» sur France 2. «La crise financière devient un sujet qu’on analyse avec plaisir», observe Amandine Cassi, d’Eurodata TV. En Grande-Bretagne, le documentaire «The Ascent of money» décrypte ainsi comment l’argent a pu prendre autant de place dans nos vies. L’héroïne de série britannique «Wired» est une mère de famille impliquée dans une fraude bancaire. Les nouvelles fictions se nourrissent aussi davantage de l’actualité: «le délai entre les évènements et leur mise en scène se raccourcit», à l’image de la très réaliste série américaine «Generation Kill» sur la guerre en Irak. En ces temps de pouvoir d’achat en berne, les remèdes dispensés par le petit écran ont le vent en poupe. De plus en plus d’émissions proposent des astuces pour petits budgets, comme l’émission de Julien Courbet «Service maximum» (France 2) ou le programme de télé-réalité anglais «Twiggy’s Frock Exchange», où des femmes troquent leur garde-robe pour s’offrir un relooking gratuit. «La fabrica des ideas», diffusé sur la télé publique espagnole, aide les jeunes entrepreneurs à s’implanter. Aux Pays-Bas, «Celebrity Welfare» montre des stars «délocalisées» dans des quartiers modestes en les faisant vivre avec les minima sociaux. Côté fictions, «le courage ne fait plus le héros», qui «cultive son côté obscur», selon l’étude: mauvais garçons et troubles du comportement ont la cote, comme les «Flics» de TF1, le policier-hypnotiseur de «The mentalist» ou le schizophrène de «My Own Worst Enemy» (Etats-Unis). Autre symptôme de la crise et des angoisses qu’elle génère: une certaine cruauté caractérise les programmes, notamment de télé-réalité, flattant les penchants masochistes des gens en les «poussant au-delà de leurs limites». Les challenges les plus durs – et parfois les plus idiots – sont ainsi mis en scène, glorifiant l’horreur et la douleur. Dans «Estate of Panic» (Etats-Unis), des candidats doivent affronter leurs pires phobies, comme se retrouver avec un serpent dans une cuisine inondée, pour chercher un portefeuille rempli d’argent. «On joue avec la frontière entre le bien et le mal. Déjà popularisés au Japon, ces programmes très physiques sont symptomatiques d’une crise identitaire», analyse Pascal Josèphe, président d’Imca. Seul rayon de soleil de la saison: beaucoup de pays misent toujours sur le rire pour «soigner» les téléspectateurs. Humour absurde et humour potache reviennent en force, portés notamment par la comédie britannique «Beehive» et la sitcom américaine «Testees».

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