La crise du distributeur de journaux et magazine Presstalis résulte d’une «faillite collective» de la presse («Le Point»)

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La crise du distributeur de journaux et magazine Presstalis résulte d’une «faillite collective» de la presse, a affirmé jeudi le patron du «Point» Etienne Gernelle.
 «Le cas de Presstalis est accablant. Les éditeurs de presse sont globalement coupables de ce qu’il leur arrive et la régulation n’a pas fonctionné», a déclaré le Président Directeur Général et directeur de la publication du «Point», lors d’une rencontre avec l’Association des journalistes médias (AJM), évoquant «une faillite collective de notre profession». 
L’Etat, qui a accepté de prêter 90 millions d’euros pour financer le plan de sauvetage du groupe, «n’avait pas à mettre de l’argent», a-t-il estimé. 
Le distributeur aurait du, selon lui, faire l’objet d’une recapitalisation par ses actionnaires, à savoir les éditeurs de presse, mais «certains n’étaient pas prêts à le faire», ce qui a conduit à cette participation de l’Etat dans le renflouement du groupe. 
Il pointe aussi la responsabilité des instances de régulation de la filière, le Conseil supérieur des messageries de presse (CSMP) et l’Autorité de régulation de la distribution de la presse (ARDP).
Plus largement, le Président Directeur Général du «Point» dresse un constat sévère du système de distribution et de commercialisation de la presse papier, «une économie d’attrition dans laquelle on n’investit pas», ce qui nourrit la baisse des ventes en kiosque. Il plaide notamment pour que les messageries aident les marchands de journaux à moderniser et embellir leurs magasins, et pour que la distribution de la presse soit dérégulée afin que les points de vente se multiplient, par exemple dans des commerces non dédiés à la presse. 
Le journaliste, connu pour ses positions libérales, se dit aussi en faveur d’une suppression des aides à la presse, un système qu’il juge «profondément malsain». «On ne doit pas accepter d’être aussi dépendants de l’Etat», plaide-t-il, estimant que l’équilibre financier est la meilleure garantie d’indépendance des journaux tant vis-à-vis de leurs actionnaires que des pouvoirs publics. 
A ce titre, «Le Point», qui a connu des pertes par le passé, «a des comptes qui fonctionnent», a-t-il assuré, sans en dire plus sur les finances de l’hebdomadaire qui appartient à Artemis, la holding personnelle de François Pinault. 
M. Gernelle se déclare en outre favorable à la suppression du CSA, et s’oppose à la proposition de loi contre les fausses nouvelles ou «fake news», jugeant que la loi de 1881 sur la liberté de la presse, qu’elle conduirait à modifier, «est formidablement bien faite» et qu’il «ne faut la toucher que d’une main tremblante».