En 7 décennies, les JT ont profondément changé

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En 7 décennies, les JT ont changé profondément et servi de terrain d’expérimentation aux chaînes, tout en faisant une part plus grande aux femmes et, plus timidement, à la diversité.

Des formats diversifiés : Si on regarde toujours «le» JT, l’offre s’est beaucoup diversifiée et ce rendez-vous évolue sans cesse d’une chaîne à l’autre et en fonction de l’actualité. Les reportages, interviews et éditoriaux restent incontournables, mais de nouvelles manières d’expliquer l’info se sont développées, notamment les sujets magazines et autres enquêtes de plusieurs minutes («20H le Mag» de TF1; «L’Oeil du 20H» de France 2). Les sujets de vérification des informations, en réponse aux infox, se sont également développées, avec «Désintox» dans le «28 minutes» d’Arte ou la rubrique «Faux et usage de faux» créée cette année dans le 20H de France 2.

Des vitrines technologiques : Le JT est un terrain d’innovation et d’expérimentation, où les rédactions cherchent à mettre en avant leur expertise en matière de technologies de l’information, avec un art très poussé de la mise en scène pour capter le plus de téléspectateurs. D’où la multiplication des effets vidéo, infographies animées, incrustations 3D et écrans tactiles. Les grandes chaînes se livrent également à une surenchère en termes de moyens techniques et de plateaux, notamment France 2 avec son grand «décor cathédrale», TF1 avec son immense écran incurvé «immersif» inauguré l’an dernier et son nouveau bureau modulable, et M6 avec un énorme écran-fresque prolongé par un décor virtuel.   

Des audiences moins fastes: Le record d’audience toutes chaînes confondues pour un JT, depuis la création de Médiamétrie à la fin des années 1980, remonte au 14 novembre 2002: le 20H de TF1 avait rassemblé 14,8 millions de téléspectateurs, mais ce score avait été dopé par une grève au sein  de l’audiovisuel public, qui avait empêché la diffusion des journaux de la Deux. On peut aussi retenir le 20H du 18 septembre 2011, où DSK avait raconté à Claire Chazal sa version de l’affaire du Sofitel (12,5 millions de téléspectateurs), ou celui du 10 juillet 2008, le dernier présenté par PPDA sur TF1, avec 49,3% de pda. Ces sommets semblent aujourd’hui inatteignables, compte tenu de la fragmentation des audiences entraînée par le lancement de la TNT, la multiplication des chaînes d’info et l’essor des réseaux sociaux. Cependant, les JT restent des carrefours d’audience sur les grandes chaînes, cruciaux pour porter leurs 1ères parties de soirée, et drainent toujours un public important. En outre, TF1 a su conserver son leadership, et a signé le record de la saison 2018-2019, avec le 20H du 10 décembre, post-allocution d’Emmanuel Macron.

Des JT féminisés, mais peu de diversité: A partir des années 1970, les JT du soir cessent d’être un club réservé aux hommes. Hélène Vida devient la 1ère journaliste femme à présenter un 20H00, en 1976, sur Antenne 2. Elle sera suivie par Christine Ockrent dans les années 1980, puis d’autres figures de l’info comme Claire Chazal. Aujourd’hui, la parité est à peu près respectée, les grandes chaînes optant souvent pour des duos hommes/femmes qui se succèdent en semaine et le week-end (Gilles Bouleau et Anne-Claire Coudray sur TF1, Anne-Sophie Lapix et Laurent Delahousse sur France 2, Xavier Moulins et Nathalie Renoux sur M6…). En revanche, la diversité à plus de mal à s’installer à l’écran. Il faut attendre la fin du XXe siècle et le début du XXIe, avec des personnalités comme Rachid Arhab (présentateur du 13H de France 2 de 1998 à 2000), puis Audrey Pulvar (aux commandes du Soir 3 de 2005 à 2009) ou Harry Roselmack (ancien «joker» de PPDA puis de Laurence Ferrari au 20H de TF1, de 2006 à 2011). Avant que le lancement de la TNT, en 2012, et la multiplication des chaînes d’info ne s’accompagne de l’arrivée d’une génération plus diverse.