Dans le cadre de la sortie récente d’une enquête fouillée intitulée «France Télévisions [Off The Record], Histoires secrètes d’une télé publique sous influences» éditée par Flammarion, média+ s’est entretenu avec Marc Endeweld, son auteur qui revient sur les points-clés de son livre.
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Votre enquête met en lumière différentes pressions exercées sur France Télévisions par les producteurs, politiques, et médias concurrents. En quoi le groupe est-il la cible d’autant de lobbyings ?
Marc ENDEWELD
France Télévisions est un vrai millefeuille politique au niveau des nominations en interne. Depuis l’ORTF, peu de choses ont évolué. Le poids considérable des hauts-fonctionnaires et de la techno-structure sur les différentes directions de France Télévisions reste intact. Par ailleurs, le groupe est constamment la cible de multiples lobbyings du milieu de la production en général. Il ne s’agit pas seulement des animateurs/producteurs à l’égard de leurs amis politiques.
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En définitif, France Télévisions semble rythmée par les conflits d’intérêts…
Marc ENDEWELD
Si rien ne change du côté de l’Etat français et des nouvelles directions de France Télévisions, le règne du conflit d’intérêt perdurera. Il est nécessaire que le groupe suive des objectifs économiques et commerciaux précis et administrés par des missions de service public transparentes.
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Rémy Pflimlin, le nouveau P.D.G de France Télévisions a revendiqué son entière indépendance face au chef de l’état. Quels sont les obstacles qu’il devra éviter dans un état adepte aux multiples pressions ?
Marc ENDEWELD
Croire que la télé publique est indépendante depuis ces dernières années est relativement illusoire. Tant qu’on ne laissera pas une autonomie de gestion à Rémy Pflimlin – et tant que les hauts fonctionnaires de Bercy ou du Ministère de la Culture feront la loi – la marge de manoeuvre de Rémy Pflimlin restera réduite.
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Après l’ère des animateurs-producteurs sous Elkabbach, quelles ont été les autres tendances ?
Marc ENDEWELD
Sous Elkabbach régnait un «certain» âge d’or de la compétition audiovisuelle. L’enjeu était de réduire l’influence de TF1. Sous Marc Tessier, c’était l’âge d’or des animateurs-producteurs en termes de marges. Sous Patrick de Carolis, nous vivions une époque de communication puisqu’il était en réalité impuissant et désavoué par l’Etat. Ce dernier souhaitait que le service public ne soit pas compétitif sur le marché audiovisuel. Enfin, Rémy Pflimlin sera peut-être un bon gestionnaire mais quel projet apportera-t-il à France Télévisions ? Si le Groupe ne demeure qu’un simple diffuseur, il sera pris en tenaille par les autres médias privés, et l’ensemble de la production multimédia.

































