INTERNET : La Birmanie a coupé les services mobiles dans L’Etat ouest de Rakine en proie à des combats

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Les services mobiles restaient coupés dimanche par les autorités pour le troisième jour consécutif, privant d’internet des villageois de l’Etat de Rakhine, dans l’ouest de la Birmanie, habitant des zones où l’armée est accusée de violations des droits de l’Homme dans son combat contre des rebelles.

Le ministère birman des Transports et Communications avait ordonné vendredi à tous les opérateurs téléphoniques de suspendre la transmission des données mobiles dans neuf zones urbaines de Rakhine et de l’Etatvoicin de Chin. Cette décision sans précédent concerne tous les opérateurs mobiles pour une durée non spécifiée.

Pour justifier sa demande, le ministère a invoqué «des troubles à l’ordre public et la coordination d’activités illégales», a déclaré l’opérateur Telenor Myanmar dans un communiqué.

Rakhine, théâtre du drame de la minorité musulmane des Rohingyas, connaît depuis plusieurs mois une recrudescence des combats entre les militaires birmans et les rebelles de l’Armée d’Arakan (AA) qui luttent pour obtenir plus d’autonomie en faveur de la population bouddhiste, dite rakhine ou aranakaise.

Des rebelles de l’ethnie rakhine combattent également dans le nord de Chin qui jouxte Rakhine. Le régime de Rangoun a déployé des milliers de soldats dans Rakhine. Plus de 30.000 personnes ont fui leurs foyers ces derniers mois à cause des combats dans la région. Fin mai, Amnesty International avait accusé l’armée birmane de «crimes de guerre», «exécutions extra-judiciaires» et «tortures» contre les rebelles dans cet Etat. L’armée a confirmé avoir tué fin avril six prisonniers rakhines.

Parallèlement, des civils ont péri lors de fusillades et bombardements – sept civils réfugiés dans un monastère ont ainsi été tués début juin par des tirs d’artillerie.

«Nous n’avons pas d’internet du tout. Nous utilisons l’internet pour partager des informations grâce à Viber», une application de messagerie, explique Kyaw Soe Moe, chef du village de Inn Din dans le district de Rathedaung.

Les autorités locales elles-mêmes souffrent de cette fermeture. Dans la ville de Mrauk U, un policier s’est plaint, sous couvert de l’anonymat: «nous devons utiliser le téléphone, les SMS et le fax pour envoyer des rapports à notre quartier général. Les combats se poursuivent ici chaque jour».

Les affrontements se déroulent dans la même région que celle d’où plus de 740.000 Rohingyas avaient fui vers le Bangladesh en août 2017 face aux violences de l’armée, qualifiées de «génocide» par les enquêteurs de l’ONU.