L. BLOCH (France Inter) : « Être attentif aux signaux de l’époque, c’est un enjeu majeur »

50

Première radio de France depuis 2019 avec 6,6 millions d’auditeurs au quotidien, France Inter enregistre cette saison une part d’audience de 13,4%, un record historique jamais atteint par aucune station. Pour nous parler à la fois de son ambition et des perspectives de développement en cette année présidentielle, média+ s’est entretenu avec Laurence BLOCH, Directrice de France Inter (Radio France).

MEDIA +

Devenir la 1ère radio de France vous a t-il poussé à redéfinir vos priorités ?

LAURENCE BLOCH

L’objectif essentiel de mon mandat n’a pas été de devenir la première radio de France. Mon ambition est de réunir le plus grand nombre d’auditeurs autour de programmes exigeants, qualitatifs et éclectiques. On s’est appuyé également sur des fondamentaux importants pour une chaîne généraliste de service public: intégrité de l’information, prescription culturelle, gai savoir, musique et stratégie numérique forte. France Inter est la radio qui porte le plus d’émissions culturelles consacrées au livre, au cinéma et à la musique. Nos tranches d’information sont les plus puissantes et les plus diverses, à la fois sur l’actualité et le temps long. Nous sommes aussi la seule radio qui porte une émission consacrée à l’environnement au quotidien. Être la première radio de France, c’est chouette. Mais conserver le leadership avec des programmes de qualité à la fois exigeants et intelligents, c’est encore mieux. France Inter reste une radio populaire, un territoire où l’on peut se croiser quels que soient son âge, son origine, son lieu de vie ou de travail et quelles que soient ses positions politiques.

MEDIA +

Anticiper les tendances, c’est votre crédo ?

LAURENCE BLOCH

Totalement ! Je suis entourée d’équipes très engagées, portées par ce projet de partager le meilleur pour le plus grand nombre. Mon travail est d’être à l’écoute des signaux faibles, de ce qui concerne les gens. Nous travaillons sur les questions de parité, de diversité, de genre et d’environnement. Ce sont des problématiques sociétales qui concernent les jeunes et marquent une certaine modernité. France Inter doit être curieuse de son époque et à son écoute. Il y a une alchimie qui s’est faite. La musique que nous portons met en lumière les jeunes talents de la scène française, et cela va même jusqu’au rap! Être attentif aux signaux de l’époque, c’est un enjeu majeur.

MEDIA +

Chaque saison, vous obligez-vous à installer de nouveaux rendez-vous, malgré le succès ?

LAURENCE BLOCH

Il y aura toujours de nouvelles propositions pour les auditeurs. C’est une forme de courtoisie à leur égard. Cette rentrée, nous proposons 6 nouvelles émissions le week-end et de nouvelles propositions éditoriales sur le digital. Nous avons aussi plusieurs canaux de distribution qui ne sont pas l’exacte réplique de l’antenne. Quand je suis arrivée en 2014, nous avons transformé plus de 70% de l’antenne et elle s’en est très bien portée. Les choses vont très vite, les usages se transforment et les gens ont besoin de changements. Il faut préserver néanmoins l’esprit de la chaîne. On a constitué une famille Inter, une sorte de troupe de théâtre avec des personnalités très différentes et affirmées qui ont – de façon subtile – quelque chose en commun. Sans doute la curiosité pour l’époque.

MEDIA +

L’heure est au débat d’idées à la radio, vous en avez fait le choix aussi…

LAURENCE BLOCH

La problématique du débat, nous l’avons adoptée depuis longtemps. Il y a 4 ans, nous avons installé à une heure de très grande écoute le samedi «Le Grand Face-à-face» avec Ali Baddou, Natacha Polony, Gilles Finchelstein et un invité pour des échanges et des visions plurielles. J’ai toujours dit qu’il fallait que nous soyons une chaîne inclusive. On ne peut plus faire une radio verticale avec d’un côté les politiques, les experts, les intellectuels et de l’autre un message descendant. Il faut faire circuler la parole. J’ai beaucoup travaillé sur la question de l’interactivité. «Le téléphone sonne» est l’un des marqueurs de France Inter. Dans le «7/9» qui réunit 4 millions d’auditeurs, il y a une place très identifiée pour eux en fin d’entretien. On y a installé à 7h20 un nouveau rendez-vous, «En toute subjectivité», avec des personnalités aux positionnements politiques très différents. C’est une façon d’apporter du grain à moudre et de permettre aux auditeurs de se faire leur propre opinion. En cette rentrée, dans «Grand bien vous fasse !» et «La Terre au carré», l’interactivité a été renforcée. C’est une façon d’animer le débat.

MEDIA +

France Inter se transforme. Est-ce pour accompagner le changement de profil de vos auditeurs ?

LAURENCE BLOCH

France Inter évolue. Nous avons les auditeurs les plus jeunes parmi les radios généralistes. Mon job consiste à ce que tous les publics viennent chez nous, en particulier les 15-34 ans. A l’égard des médias traditionnels, les jeunes ont des pratiques différentes car ils s’informent notamment sur les réseaux sociaux. Inter doit donc accompagner les nouveaux usages. On transforme aussi notre identité musicale qui était la même depuis 15 ans. Le «top horaire», diffusé toutes les heures avant les infos, se modernise et devient plus pop. Le signal antenne a été mené avec le groupe Kraked Unit, qui a combiné le savoir-faire des orchestres de Radio France.

MEDIA +

On parle de la politisation des chaînes. On dit qu’Inter est de gauche…

LAURENCE BLOCH

J’entends ça depuis que je suis directrice de France Inter. Notre radio s’empare des problématiques de l’époque : parité, discrimination et violence faites aux femmes, environnement et diversité. Si être de gauche, c’est porter ces questions, nous sommes de gauche. En vrai, nous sommes simplement ancrés dans l’époque et liés aux préoccupations des Français. Après, on ne peut pas nier la politisation de certaines chaînes, mais ça, c’est leur problème. On se place au-dessus. 

MEDIA +

Vous avez beaucoup d’humoristes mais pas d’imitateur. Recruter Nicolas Canteloup, ça vous intéresse?

LAURENCE BLOCH

Non, car ce n’est pas l’humour d’Inter. Nous n’avons jamais été dans l’imitation, même si j’ai beaucoup de respect pour Nicolas Canteloup. Notre travail consiste à chercher de nouveaux talents et à les faire grandir. En ce sens, chaque mercredi à 8h55, nous mettons à l’antenne Lison Daniel, révélée pendant le confinement avec ses «Caractères» sur Instagram. Quand vous regardez la tournée des humoristes d’Inter, «On ne plaisante pas avec l’humour», il y a nos têtes d’affiche (Daniel Morin, Tanguy Pastureau, Alex Vizorek,..), mais aussi de jeunes pousses (Morgane Cadignan, Fanny Ruwet, Paul Mirabel,…).