A l’instar de TF1 lundi soir, les chaînes de télévision sollicitent de plus en plus les citoyens pour interpeller directement les candidats à l’élection présidentielle dans leurs émissions politiques, au détriment du rôle joué habituellement par les journalistes. Sur TF1, les candidats sont face à 100 Français pour «J’ai une question à vous poser». Sur France 2, ils sont confrontés à quelques «témoins» dans «A vous de juger» et, sur France 3, à des invités dans différentes régions pour «Français, votez pour moi!». «Les télévisions essaient de remettre le citoyen au centre du débat, de réinstaller les jeunes générations dans toutes leurs diversités sur les plateaux parce qu’elles ont constaté qu’elles ne parlaient qu’à une partie de la population française», estime Laurent Gervereau, président de l’Institut des Images, auteur d’un «Dictionnaire mondial des images». Pour cet expert, la campagne électorale se fait en direct sur Internet à travers blogs et «slogs» (journaux en ligne actualisés par SMS). De fait, «la télévision est en train de copier ce qui se passe sur le net, après avoir pris conscience de la décrédibilisation des spécialistes intermédiaires par rapport à une partie de l’opinion publique qui a décroché». Donner la parole au citoyen n’est toutefois pas un phénomène nouveau. Le débat à la télé a dans un premier temps été dominé par des journalistes spécialisés qui posaient des questions plutôt «ésotériques» à des politiques eux-mêmes spécialistes, rappelle Pierre Leroux, sociologue professeur à la faculté d’Angers. Dans les années 80, il est devenu évident que la politique ne pouvait plus être la seule affaire des spécialistes.


































