La tension monte d’un cran entre la ministre de la Culture et le groupe Canal+

278

La tension est montée d’un cran jeudi entre la ministre de la Culture et le groupe Canal+ concernant l’avenir de ses filiales C8 et CNews, régulièrement épinglées par le régulateur pour des dérapages de Cyril Hanouna ou de chroniqueurs. «Nous avons été profondément choqués par les propos tenus par Madame la Ministre de la Culture», Rima Abdul Malak, lors de la matinale de France Inter, a déclaré dans un communiqué Canal+ (groupe Vivendi, détenu par le milliardaire conservateur Vincent Bolloré). «Près de cinq minutes de son intervention ont été consacrées à la critique de notre groupe et à des invectives contre nos chaînes C8 et CNews», s’est offusqué Canal+. «En laissant à nouveau entendre que» leurs licences «ne mériteraient pas d’être renouvelées en 2025», la ministre «prend parti, sort de sa réserve et ne respecte pas l’indépendance de notre régulateur sectoriel», l’Arcom, a estimé le groupe. Elle suscite en outre «l’inquiétude de nos salariés en menaçant la pérennité de leur activité», poursuit-il. Jeudi matin, la ministre avait jugé «inadmissible» l’appel à la privatisation de l’audiovisuel public de la vedette de C8, Cyril Hanouna, invoquant l’investissement du service public dans «les programmes éducatifs», les «documentaires» ou «la création française». «Privatisez-moi ça», avait lancé mi-janvier l’animateur de «Touche pas à mon poste», qui rassemble plus d’un million de spectateurs chaque soir. Une diatribe lancée en réponse à des déclarations de la ministre rappelant la possibilité pour l’Arcom de retirer à CNews et C8 la fréquence mise à leur disposition quand elles ne respectent pas leurs obligations. La passe d’armes s’était poursuivie dans la presse, le patron de Canal+, Maxime Saada, rétorquant qu’«un ministre ne devrait pas dire ça». «Je suis dans mon rôle quand je rappelle le cadre existant», s’est défendue jeudi la ministre. «Il y a des obligations à respecter. Il y a déjà eu une vingtaine d’interventions de l’Arcom, depuis 2019, pour C8 et CNews. Au bout de combien d’interventions l’Arcom pourra-t-elle dire à quel degré les obligations ne sont pas respectées? C’est le rôle de l’Arcom», a-t-elle ajouté. Les altercations et incidents lors des émissions de Cyril Hanouna ont déjà valu à sa chaîne de nombreux avertissements et sanctions, dont une amende record de 3 millions d’euros pour un canular jugé homophobe en mai 2017. Hasard du calendrier, la Cour européenne des droits de l’Homme a débouté jeudi C8 qui contestait cette sanction, au nom de la liberté d’expression. De nouvelles sentences sont attendues: le régulateur de l’audiovisuel doit se prononcer sous peu sur une séquence qui a choqué en novembre, où Cyril Hanouna avait insulté le député LFI Louis Boyard, et sur une autre impliquant des propos anti-musulmans d’un chroniqueur de CNews, le mois suivant. Plus généralement, la ministre a critiqué Vincent Bolloré, régulièrement accusé de censure ou de vouloir orienter la ligne éditoriale des médias qu’il détient. «On a eu un certain nombre d’exemples, dans les derniers mois, les dernières années, qu’il s’agisse de Canal+ (…) de Paris Match (…) qu’il s’agisse d’Europe 1, qu’il s’agisse de l’édition. Il y a un certain nombre d’alertes, sur la liberté de création, sur la liberté d’expression», a-t-elle expliqué. La ministre s’en est également prise au programme du Rassemblement national dans son domaine. Le RN «a cette contradiction de vouloir défendre la culture française, mais en même temps de privatiser l’audiovisuel public», a-t-elle accusé. «Ce n’est que celui-là [de parti politique, ndlr] qui réclame la privatisation de l’audiovisuel public, donc battons-nous tous les jours pour empêcher qu’il arrive au pouvoir».