L’audiovisuel public face à un grand chambardement

La suppression de la publicité pour la télévision publique française évoquée par Nicolas Sarkozy bouleverserait le paysage audiovisuel français et pose plusieurs questions dont celle du dispositif à mettre en place pour assurer le financement de France Télévisions. La publicité a rapporté un peu plus de 800 millions d’euros à France Télévisions en 2007, soit 40% de son financement. Une des suggestions du chef de l’Etat pour compenser ce manque à gagner est l’instauration d’une taxe sur les recettes publicitaires accrues des chaînes privées. Or, «le taux de remplissage» des chaînes privées en matière de pub est déjà de 90%, souligne Marie-Laure Sauty de Chalon présidente de Carat France et d’Aegis Média France. Une nouvelle réduction de l’offre publicitaire disponible risquerait d’induire une augmentation des tarifs et ne serait guère du goût des annonceurs. «Le marché français (…) a une offre insuffisante, notamment en médias audiovisuels. Et il est clair que ne plus avoir accès à la télévision publique va handicaper le marché», a d’ailleurs estimé le P.-D.G. de l’agence Publicis Maurice Levy sur la radio BFM. Une autre possibilité pourrait être l’augmentation du temps de publicité. Une deuxième coupure pub dans les émissions de divertissement comme l’avait souhaitée le P.-D.G. de France Télévisions Patrick de Carolis «permettrait d’engranger des recettes évaluées à 400 millions d’euros», note Mme Sauty de Chalon. Se pose également la question du périmètre de l’audiovisuel public. Certains professionnels évoque la privatisation éventuelle d’une des chaînes de France Télévisions. «Si, par exemple, c’est France 2, les chaînes privées ne bénéficieront pas de la manne publicitaire», dit Mme Sauty de Chalon. Pour la ministre de la Culture Christine Albanel, réduire ce périmètre n’est «pas à l’ordre du jour». Deuxième suggestion du chef de l’Etat, la création «d’une taxe infinitésimale sur le chiffre d’affaires des nouveaux moyens de communication comme l’accès à Internet ou la téléphonie mobile». Cette taxe ne serait pas calculée sur leur simple chiffre d’affaires publicitaire mais sur leur chiffre d’affaires global. Selon Mme Albanel, «l’Internet et la téléphonie mobile c’est au minimum 17 milliards d’euros de chiffre d’affaires par an et la publicité des chaînes privées aujourd’hui 3,2 milliards». Les opérateurs de téléphonie mobile et les fournisseurs d’accès Internet, qui souscrivent déjà au compte de soutien à l’industrie des programmes (COSIP) pour aider la production audiovisuelle, ne souhaitaient toujours pas commenter mercredi la perspective d’une telle mesure. «On fait payer Orange ou Vivendi pour faire plaisir à Martin Bouygues (propriétaire de TF1, ndlr)», ami personnel de Nicolas Sarkozy, s’est insurgé un professionnel du secteur. Selon lui, «le marché n’était pas prêt à ça, c’est un chambardement aussi important que l’arrivée de la pub à la télé en 1968». Le P.-D.G. du groupe M6 Nicolas de Tavernost s’est déclaré «favorable» à un arrêt de la pub à la TV publique, estimant qu’il s’agissait d’une «clarification». A TF1 on ne faisait pas de commentaire.

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